Nécessaire résilience locale

décembre 2011 par Benoît Thévard
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L’Agence inter­na­tionale de l’énergie (AIE)  prévoit que la demande énergé­tique glob­ale va aug­menter de 47% d’ici à 2035. Les taux de crois­sance des émis­sions sont très rapi­des. Le rebond de 5% de la demande mon­di­ale d’énergie pri­maire en 2010 a porté les émis­sions de CO2 à un nou­veau pic. Selon le scé­nario prospec­tif de l’AIE, les émis­sions cumulées des 25 prochaines années équiv­au­dront aux deux tiers des émis­sions dégagées depuis 110 ans… soit un réchauf­fe­ment global annoncé de 3,5°C minimum.

Changer d’agenda

Réc­on­cilier les objec­tifs de réduc­tion des émis­sions et les seuils de pré­cau­tion sci­en­tifiques pour lim­iter le réchauf­fe­ment cli­ma­tique à 1,5°C impli­querait que les pays indus­tri­al­isés amor­cent des réduc­tions de 25% à 40% d’ici à 2020. Ces objec­tifs dras­tiques pour une hypothé­tique deux­ième péri­ode de Kyoto ne pour­raient être atteints que par une forte décrue des con­som­ma­tions d’énergie : il s’agirait d’un change­ment très rapide de mod­èle de société sup­posant la remise en ques­tion du mod­èle de crois­sance actuel.

Mais le débat sur un nou­veau mod­èle post-carbone, voire post-croissantiste, est absent. Focal­isées sur l’analyse des mécan­ismes de Kyoto, les grandes ONG envi­ron­nemen­tales elles-mêmes n’envisagent pas de réori­en­ta­tion de l’agenda. Dev­enues expertes, au fil des années, de la compt­abil­i­sa­tion de l’air chaud et des échap­pa­toires liés à l’inclusion des forêts dans le cal­cul des émis­sions de gaz à effet de serre, elles ne sont pas par­v­enues à faire émerger des propo­si­tions autres qu’une cor­rec­tion à la marge des aber­ra­tions orig­inelles du sys­tème Kyoto.

Une énergie poli­tique à réorienter

En 2009, Copen­h­ague fut une démon­stra­tion de l’inca­pac­ité des pays du monde à trou­ver un accord, mal­gré le con­sen­sus sci­en­tifique et la mobil­i­sa­tion des ONG et des citoyens. Dur­ban aura con­firmé que les peu­ples ne doivent plus atten­dre le con­sen­sus mon­dial, et qu’ils doivent se pré­parer, pour anticiper les boule­verse­ments cli­ma­tiques, énergé­tiques et économiques aux­quels ils vont être confrontés.

Toute l’énergie dépen­sée par nos gou­ver­nants pour soutenir une crois­sance économique en état de mort clin­ique, est autant d’énergie qui ne sera pas affec­tée à la pré­pa­ra­tion de notre avenir, d’une nou­velle ère post-fossile au cli­mat per­turbé et à l’économie terrassée.

En l’absence de déci­sions mon­di­ales per­me­t­tant d’inverser réelle­ment les ten­dances, citoyens et élus locaux peu­vent se sen­tir impuis­sants. Pour­tant, il reste l’échelle locale pour  met­tre en œuvre des poli­tiques à la mesure des per­tur­ba­tions que nous allons vivre. Il reste la pos­si­bil­ité, pour les citoyens et élus des ter­ri­toires d’améliorer la résilience locale, la capac­ité à subir un choc ou un change­ment per­tur­bant et à s’y adapter, tout en con­ser­vant ses fonc­tions prin­ci­pales et son identité.

Peut-être qu’alors, faisant le con­stat que les citoyens appren­nent locale­ment à se passer du pét­role, de la crois­sance du PIB et de la sur­con­som­ma­tion matérielle, les dirigeants assumeront la volonté de leur peu­ples et accepteront de changer d’ère.

Par Agnès Sinaï et Benoît Thévard

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