Faut-il chercher à remplacer le pétrole ?

janvier 2012 par Benoît Thévard
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Lorsque vous avez com­pris le phénomène du pic pétrolier, vous pou­vez appréhen­der le prob­lème de plusieurs façons.

Vous pou­vez déprimer à cause d’un sen­ti­ment d’impuissance puisque vous dépen­dez, comme tout le monde, de cette énergie abon­dante et peu chère. De plus, vous ne voyez pas de pos­si­bil­ité d’échapper au marasme général qui nous attend. Vous met­tez alors ce prob­lème dans un coin de votre esprit pour ne pas trop y penser et vous con­tin­uez à vivre, ras­surés par l’inconscience de tous ceux qui vous entourent.

Vous pou­vez  y voir une fab­uleuse oppor­tu­nité de changer de par­a­digme, de réor­gan­iser votre vie, celle de vos voisins, de votre quartier ou de votre ville, car vous êtes con­scient que nous ne pour­rons jamais plus dis­poser d’une telle manne énergé­tique. Vous êtes tout excité par l’ambitieux change­ment qui se des­sine et par cette pos­si­bil­ité de con­stru­ire votre vie par vous-même et plus en fonc­tion de ce que vous impose la société.

Enfin, vous pou­vez avoir l’espoir de voir émerger une solu­tion, LA solu­tion qui vous per­me­t­tra de ne rien changer ou presque à votre mode de vie. Vous espérez que, comme pour toutes les inno­va­tions tech­nologiques, il vous suf­fira de vous ren­dre au super­marché et de rem­plir un chèque (ou faire un crédit) pour résoudre le prob­lème. Après tout, il n’y a pas de rai­son que cela change, nous avons tou­jours fait comme ça.

C’est sou­vent autour de cette dernière pos­si­bil­ité que se situent les débats. Quelles solu­tions tech­niques nous per­me­t­traient de ne rien changer ou presque ? Dans com­bien de temps seront-elles prêtes ? Com­bien coûteraient-elles ?

Mais faut-il vrai­ment souhaiter l’existence d’une solu­tion de substitution ?

Je me pose très sou­vent cette ques­tion, en tant qu’ingénieur énergéti­cien.  Lorsque j’ai repris mes études, je ne savais pas si je décou­vri­rais une tech­nolo­gie meilleure que les autres, celle qui per­me­t­trait de ne pas pol­luer, d’envisager un fonc­tion­nement vrai­ment durable de notre société. Si c’était le cas, je ferais tout pour la promouvoir.

Mal­heureuse­ment, j’ai vite com­pris qu’il n’y avait pas de mir­a­cle, et que chaque tech­nolo­gie avait ses avan­tages et incon­vénients, que chaque ter­ri­toire ne dis­po­sait pas des mêmes ressources disponibles. Il était donc inutile de pro­mou­voir le solaire plutôt que l’éolien, la géother­mie ou la bio­masse, puisque Mar­seille et Dunkerque, par exem­ple, ne dis­posent évidem­ment pas des mêmes poten­tiels énergétiques.

Mais au-delà de ça, et comme le dit très juste­ment Jean Marc Jan­covici, « L’énergie se man­i­feste lorsque vous changez une tem­péra­ture, une vitesse, une masse, une com­po­si­tion chim­ique ou une nature atom­ique. » « La con­som­ma­tion d’énergie est avant tout un excel­lent indi­ca­teur de la pres­sion que nous exerçons sur notre environnement ».

Il est évident que l’augmentation per­ma­nente de notre con­som­ma­tion d’énergie a aug­menté de manière ful­gu­rante notre pres­sion sur l’environnement.

Pour autant, il ne faut pas en déduire que l’Homme est un destruc­teur par nature, il fait sim­ple­ment par­tie de l’écosystème plané­taire, comme n’importe quelle autre espèce ani­male ou végé­tale, mais il a su exploiter, mieux que les autres, les ressources mises à sa dis­po­si­tion. Et c’est ainsi dans tous les écosys­tèmes, lorsqu’une espèce est en capac­ité de mieux exploiter les ressources, elle finit par pré­dominer et mal­heureuse­ment, cela implique une diminu­tion de la diver­sité, des inter­ac­tions, et finale­ment le sys­tème se frag­ilise et perd sa résilience.

Vous trou­verez de très nom­breux exem­ples dans lesquels une espèce ani­male ou végé­tale fini par étouf­fer pro­gres­sive­ment les autres en prenant de la puis­sance mais en devenant de plus en plus vul­nérable à cer­tains changements.

Image représen­tant le cycle adap­tatif en qua­tre phases par lesquelles passent, suiv­ant des échelles de temps plus ou moins longues, tous les écosys­tèmes. (source: résilience alliance)

L’Homme a donc eu la capac­ité d’exploiter les ressources, grâce à son intel­li­gence et aux richesses naturelles aux­quelles il a eu accès. Aujourd’hui cette pré­dom­i­nance implique une forte diminu­tion de la bio­di­ver­sité à cause de la sur­ex­ploita­tion des ressources et nous devenons de plus en plus frag­iles et vul­nérables à cer­tains chocs.

Trou­ver une source d’énergie équiv­a­lente au pét­role reviendrait finale­ment à con­tin­uer d’accroitre ce déséquili­bre déjà bien avancé, en con­tin­u­ant à aug­menter la pop­u­la­tion mon­di­ale, à con­som­mer tou­jours plus de ressources pour répon­dre à cette crois­sance sup­posée sans limites.

C’est pourquoi, lorsque j’analyse le prob­lème du pic pétrolier et que je me demande quelles devraient être de réelles solu­tions durables, je me dis que c’est prob­a­ble­ment une chance qu’aucune solu­tion tech­nologique ne soit prête, qu’aucune ne soit suff­isam­ment effi­cace pour nous per­me­t­tre de con­tin­uer à fonc­tion­ner comme aujourd’hui.

La pré­dom­i­nance humaine nous a rendu extrême­ment vul­nérables sans même que nous puis­sions nous en ren­dre compte, et elle n’est pos­si­ble que si les ressources plané­taires sont encore suff­isam­ment abon­dantes pour nous per­me­t­tre à tous de vivre, ce qui n’est plus le cas.

La fin du pét­role nous imposera donc de faire avec ce dont nous dis­posons locale­ment. Ce paramètre est fon­da­men­tal car il per­me­t­tra à tous de com­pren­dre que le con­fort matériel et énergé­tique dont nous dis­posons aujourd’hui n’existe plus sans l’exploitation des richesses des autres pays du monde, qui eux ne peu­vent pas, et ne pour­ront jamais attein­dre notre niveau de vie.

Assumer la fin de l’anthropocène !

Ces­sons donc de chercher une solu­tion qui nous per­me­tte de con­tin­uer à vivre de la même façon qu’aujourd’hui. Ce n’est de toute façon pas durable car si ce n’est l’énergie, c’est tout le reste qui finira par manquer.

Repen­sons intel­ligem­ment nos modes de vie, organ­isons  locale­ment nos besoins en fonc­tion de nos ressources. Nous dis­posons déjà de tous les out­ils pour exploiter le vent, le soleil, la terre et la mer pour fournir le peu d’énergie néces­saire à une vie équili­brée, saine et durable.


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2 réponses à “Faut-il chercher à remplacer le pétrole ?”

    Votre arti­cle est tout à fait clair, ce qui n’est pas si fréquent.
    Je pense néan­moins qu’il manque une dimen­sion: ne doit-on con­cevoir et met­tre en oeu­vre une poli­tique publique pour éviter que la fin de l’énergie bon marché, qui peut être bru­tale, ne cause trop de dégâts dans des sociétés qui sont con­stru­ites sur de bas coût de l’énergie? Il en existe à mes yeux une très sim­ple, peut-être la seule: organ­iser sur une péri­ode de vingt à trente ans un triple­ment du prix de l’énergie, au moyen de la tax­a­tion. Les recettes fis­cales pour­raient financer les investisse­ments qui deviendraient néces­saires pour organ­iser le change­ment de par­a­digme.
    PS: ce soir, je vous écris du Caire, à peu de dis­tance de la place Tahrir où en ce moment des jeunes se font tuer pour l’espoir d’avoir un qui cor­re­sponde mieux à leurs aspi­ra­tions. L’économie est en chute libre. Ques­tion: com­ment se nour­riront les Egyp­tiens l’année prochaine si la crois­sance économique ne revient pas? De même que la ques­tion de l’énergie est, comme vous le dite liée au lieu où elle se pose, la ques­tion du change­ment de par­a­digme peut être dif­férente d’un endroit à l’autre.

    Bon­jour,
    Il n’est pas pos­si­ble d’être exhaus­tif à tra­vers un sim­ple arti­cle, cepen­dant je suis en accord avec vous sur la tax­a­tion évolu­tive et con­traig­nante. Elle per­me­t­trait d’effacer la volatil­ité des prix et d’anticiper la hausse des coûts par une recon­ver­sion oblig­a­toire de l’économie. Mais la con­trainte ne suf­fira pas si aucune alter­na­tive n’est pro­posée. La société telle qu’elle est organ­isée, dans un sys­tème con­sumériste, cen­tral­isé et glob­al­isé, ne per­met pas à la pop­u­la­tion de s’affranchir de cer­taines oblig­a­tions. Alors fixer des con­traintes fis­cales sup­plé­men­taires sans per­me­t­tre à la pop­u­la­tion de s’émanciper pour trou­ver des solu­tions locales ne pourra con­duire qu’à la révolte.
    Donc effec­tive­ment, il faudrait que l’État con­traigne par la fis­cal­ité, mais qu’il laisse aux ter­ri­toires une grande lib­erté de moyens pour s’affranchir de cette hausse des prix par une réor­gan­i­sa­tion des modes de vie.



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