27 février 2013

L’Agence internationale de l’énergie annonce la renaissance du charbon

Carburant du premier âge industriel, le charbon répond à l’appétit insatiable d’énergie des pays dits émergents : il a d’ores et déjà fourni près de la moitié de la hausse de la demande énergétique au cours de la première décennie du XXIème siècle.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui a publié le 18 décembre le Medium Term Coal Market Report 2012, le marché international de la houille est entré dans une phase de « changement dynamique ». Le charbon consolide sa  position de deuxième source d’énergie primaire après le pétrole. Sa consommation va continuer à croître au cours des cinq prochaines années. Le monde va brûler 1,2 milliard de tonnes annuelles de charbon de plus qu’aujourd’hui d’ici à 2017, soit l’équivalent de la consommation de la Russie et des Etats-Unis réunis.

La part du charbon dans le mix énergétique global continue à augmenter chaque année, et si aucun changement ne marque les politiques actuelles, ce combustible, pionnier de l’âge industriel, va détrôner le pétrole comme énergie reine d’ici une décennie. Le charbon recoupe différents produits, ce n’est pas une matière homogène. Il est classifié selon son âge, sa composition et ses propriétés, et il y a autant de marchés que de type de charbon. Le rapport de l’AIE se penche sur le charbon-vapeur et le charbon thermique, anthracite et lignite destinés à la production d’électricité, à la différence du charbon à coke, utilisé dans la sidérurgie.

« Le charbon est la Chine. La Chine est charbon »

En 2011, la Chine, premier producteur mondial de charbon, a supplanté le Japon comme premier consommateur. Elle sera à l’origine de 70% de la hausse de la demande globale au cours des cinq prochaines années, tandis que l’Inde sera redevable de 22% de cette hausse et deviendra, dès 2014, le deuxième importateur mondial, supplantant les Etats-Unis, tandis que la part du charbon utilisé pour la production électrique tend à décliner dans la plupart des pays de l’OCDE, sauf en 2011, année où la houille a connu un regain en raison de son bas prix sur le marché mondial, lié au boom des gaz de schiste aux Etats-Unis. A elles deux, Chine et Inde seront à l’origine de près de deux tiers de la demande : « Le charbon est la Chine. La Chine est charbon », souligne le rapport de l’AIE.

Outre le fait que la Chine va absorber plus de la moitié de la demande globale d’ici à 2017, le rapport de l’AIE montre que la demande en charbon de l’Inde va s’accélérer et peser sur les importations. Supplantant l’Australie, l’Indonésie est en passe de devenir le premier fournisseur de la Chine : la moitié des 133 millions de tonnes importées en 2010 par Pékin proviennent des mines de Kalimantan (Bornéo). Le charbon est à l’origine de plus de 40% de la génération globale d’électricité. Les décisions de la Chine et de l’Inde pèseront donc sur le marché du charbon – sur un plan à la fois politique et commercial – et « elles auront un impact sur nos factures d’électricité », a annoncé Maria van der Hoeven, directrice de l’AIE.

Nouvel « âge d’or »

« Dans la mesure où le charbon à prix raisonnable a permis à des centaines de millions d’habitants des pays émergents de jouir d’avantages qui paraissent normaux depuis longtemps aux pays industrialisés, sa prolifération est une bénédiction », a souligné Maria van der Hoeven. « Mais pour nos sociétés préoccupées par la quantité de carbone qu’elles diffusent dans l’atmosphère, le décollage du charbon n’est pas une bonne nouvelle. »  Au cours de la présentation du rapport, à Paris, la directrice de l’Agence internationale de l’énergie a noté que ni les politiques climatiques, ni le ralentissement macro-économique n’ont entravé l’implacable montée en puissance de la houille. Quant aux techniques de capture et stockage du carbone (CCS), le rapport souligne que leur développement n’a pas atteint les promesses escomptées.

La solution ? Le gaz naturel : «Le seul déclin significatif dans la consommation de charbon à l’échelle mondiale s’est produit aux États-Unis. La raison en est le gaz bon marché, grâce à la révolution du gaz non conventionnel. L’impact du basculement du charbon vers le gaz en Amérique du Nord est si significatif que, pour la première fois depuis l’ascension de la Chine, le taux de croissance global du charbon passera sous celui du gaz (d’ici à 2017, ndlr). Un marché gazier plus efficace, caractérisé par des prix flexibles et entretenu par des ressources non conventionnelles et locales peut réduire la part du charbon, les émissions de CO2 et les factures d’électricité des consommateurs », plaide la directrice de l’AIE, dont le discours réjouira les industriels du gaz de schiste, mais laissera sceptiques les climatologues, qui relèvent les importantes émissions de méthane, au pouvoir de réchauffement élevé, accompagnant toute la filière gazière, de l’extraction à l’utilisation finale.

Décrue du charbon américain

Aux Etats-Unis, la consommation de charbon devrait poursuivre sa décrue : elle sera réduite de 14% au cours de la période considérée par le rapport (2012-2017), en raison de sa moindre utilisation dans le secteur de production électrique. Ce phénomène s’explique surtout par la concurrence du gaz naturel, utilisé pour produire de l’électricité, mais aussi par la fermeture de centrales thermiques anciennes, qui ne seront pas toutes remplacées. Les nouvelles centrales thermiques devront, elles, répondre à des normes plus strictes proposées par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA).

Les investisseurs demeurent prudents en raison des prix bas et de grandes incertitudes, comme en témoignent les récentes vagues de licenciements dans les grandes entreprises charbonnières. Certaines compagnies ont déjà annoncé la possibilité de ralentissement des investissements, particulièrement entravés par la crise de la dette souveraine européenne, mais aussi par les interrogations relatives à l’avenir de l’économie chinoise et la chute des prix du charbon aux Etats-Unis. La fourniture de la houille est par ailleurs tributaire du développement des infrastructures minières et de transport. Le ralentissement des projets de développement pourrait conduire à un resserrement du marché au cours des cinq prochaines années.


Auteur: Agnès Sinaï



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