Gouverner la décroissance

La décroissance peut-elle devenir un modèle politique alternatif et réaliste ?

Face au risque d’effondrement qui pèse sur nos sociétés industrielles, cet ouvrage défend de nouvelles voies fondées sur la tempérance et le ralentissement : instauration d’un revenu de transition écologique, adossement de la création monétaire aux limites de la planète, rationnement équitable des énergies fossiles, développement de la permaculture, partage du travail, etc. Il présente certaines expérimentations, telle la biorégion de Cascadia, en Californie du Nord.

Bien gouverner la décroissance plutôt que la subir : une nouvelle histoire politique peut s’écrire, où les perspectives ouvertes ne sont pas celles de la crise mais de l’inventivité.

Retrouver les informations et commander l’ouvrage aux Presses de Sciences Po.

Gouverner la décroissance. Politiques de l’Anthropocène III

Agnès Sinaï, Mathilde Szuba (dir.)

Mai 2017, 232 pages, 14 €

Fondatrice de l’institut Momentum, Agnès Sinaï est journaliste environnementale. Elle enseigne en master de sciences et politiques de l’environnement à Sciences Po. Mathilde Szuba est maître de conférences en science politique à Sciences Po Lille (Ceraps, Lille 2) et membre de l’institut Momentum.

Ont également contribué à cet ouvrage : Christian Arnsperger • Ugo Bardi • Dominique Bourg • Julie Celnik • Yves Cochet • Sandrine Rousseau • Benoît Thévard

Mobilisation contre le projet Europacity à Gonesse le 21 mai 2017

Mégacomplexe commercial, ludique et culturel situé à Gonesse (Val d’Oise), Europacity doit s’étendre sur 80 hectares de terres agricoles à 20 kilomètres au nord de la capitale. Il comprendrait 230.000 mètres carrés de commerces, 150.000 mètres carrés de surface dédiée aux loisirs (piste de ski, centre aquatique…) et 50.000 mètres carrés d’espaces culturels (salles de spectacle, halle d’exposition…), ainsi que des chambres d’hôtel, des restaurants, des espaces de congrès, etc. Le complexe a vocation à s’intégrer dans le projet de Zac du triangle de Gonesse, 299 hectares d’aménagements urbains desservis par une nouvelle ligne de métro. Le début du chantier d’Europacity est prévu pour 2019, avec une ouverture du site en 2024.

Le sacrifice de terres agricoles parmi les meilleures d’Europe mobilise les opposants au projet.

Rendez-vous le dimanche 21 mai 2017 sur le site.

Lire l’article de Reporterre pour en savoir plus.

Télécharger le flyer.

Décroissance. Vocabulaire pour une nouvelle ère

Lorsque la langue usuelle ne permet plus d’exprimer ce qui demande à être articulé d’urgence, c’est qu’il est temps d’apprendre un nouveau vocabulaire. Ce livre nous l’offre, et en premier lieu nous montre qu’il ne faut pas confondre décroissance et récession. Les concepts qu’il présente nous invitent à organiser notre vie d’une façon différente, dans une société plus juste et durable. Ce dictionnaire est constitué de plus de 50 entrées écrites par les plus grands spécialistes. Il présente les concepts clé de ce débat d’une façon concise et pratique. Il expose et étudie tous les courants de pensée, les imaginaires et les pistes d’action qui composent le puzzle de la décroissance. Il ouvre très concrètement la voie à une indispensable réorientation de l’économie pour vivre de façon durable et prospère.

L’ouvrage est déjà paru en Grande-Bretagne chez Routledge et en Espagne chez Icaria. Il paraîtra dans les mois prochains en Italie, au Brésil, en Allemagne, en Croatie et en France.

Un site sur le livre existe dans une version anglaise :

http://vocabulary.degrowth.org/

et montre l’écho qu’il a déjà eu dans le monde.

Ce livre est publié avec le soutien de l’Institut Momentum.

Décroissance.Vocabulaire pour une nouvelle ère, coordonné par Giacomo D’Alisa, Federico Demaria et Giorgos Kallis. Editions Le Passager Clandestin, novembre 2015, 25 €, 520 pages.

Economie de l’après croissance. Politiques de l’Anthropocène, tome II

 

Economie de l’après-croissance. Politiques de l’Anthropocène II

Agnès Sinaï (dir.)

A l’ère de l’Anthropocène, les sociétés industrielles sont devenues aussi puissantes que les forces géologiques. Le productivisme, véritable socle de notre culture, catalyse l’illusion d’un mouvement perpétuel, déconnecté de la Terre.

Cette nouvelle publication de l’Institut Momentum trace les contours d’une économie biophysique, encastrée dans les cycles de la nature, ralentie, locale, et sobre. A l’horizon de ce nouveau paradigme, la décroissance apparaîtra non pas tant comme une contrainte que comme une nécessité éthique et physique.

Agnès Sinaï est fondatrice de l’Institut Momentum. Elle est également enseignante à Sciences Po, journaliste environnementale et a dirigé Penser la décroissance. Politiques de l’Anthropocène (tome I) (Presses de Sciences Po, 2013).

Avec les contributions de : Philippe Bihouix – Christophe Bonneuil – Thierry Caminel – Alice Canabate – Yves Cochet – Paul Jorion – Virginie Maris – Dominique Méda – François Roddier – Agnès Sinaï

Presses de Sciences Po, septembre 2015

259 pages

14 €

Petit traité de résilience locale

Dans les années à venir, nous devrons faire face aux impacts du réchauffement climatique, à la dégradation accélérée de notre environnement, et à la raréfaction des ressources qui maintiennent notre civilisation en vie, trois bouleversements qui vont s’accompagner de profonds changements sociétaux.

Désormais, il s’agit de s’y préparer, car il est possible qu’il soit trop tard pour infléchir les trajectoires. Comment ? En développant notre résilience, cette capacité des êtres et des systèmes socio-écologiques à absorber les chocs et à se transformer.

Mot d’ordre du mouvement des villes en transition, mobilisateur pour certains, synonyme de résignation pour d’autres, la résilience a plusieurs facettes. Elle s’adresse aux individus, aux collectivités et aux élus locaux qui se trouvent en première ligne pour maintenir les fondamentaux de notre société – santé, alimentation, transport, ressources vitales, énergie, habitat.

Loin de prôner le repli sur soi, les stratégies de résilience encouragent le partage, la coopération, l’autonomie créatrice et l’imagination de tous les acteurs locaux. Les auteurs nous offrent une boussole qui pourrait bien s’avérer utile pour traverser ce siècle sans chavirer.

Agnès Sinaï est fondatrice en de l’Institut Momentum, journaliste indépendante (Le Monde diplomatique, La Revue durable, Actu-environnement) et auteure. Raphaël Stevens est chercheur indépendant, formateur, auteur, spécialisé en résilience des systèmes socio-écologiques. Hugo Carton est ingénieur centralien, diplômé de Sciences Po. Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Il est chercheur indépendant, formateur, auteur et conférencier. Tous sont chercheurs associés à l’Institut Momentum.

Editions Charles Léopold Mayer, septembre 2015

110 pages, 9 €

Le Prasino Instituto à Athènes, écologiste et décroissant

Le « Prasino Institouto », ou Institut Vert, en Grèce, est une foundation non-gouvernementale et sans but lucratif. Créée en mars 2011, elle s’est donné pour but l’étude, l’analyse et la dissémination de la pensée écologique et de l’écologie politique dans tous leurs aspects. L’Institut a été créé à l’initiative du Parti Vert de Grèce (Oikologoi Prasinoi). Bien qu’il soit affilié au Parti Vert, l’Institut maintient à son égard une certaine indépendance.

Le Prasino Institouto promeut les activités de recherche et de documentation sur l’environnement, la société, l’économie et la politique avec une perspective d’écologie politique. Ses principaux centres d’intérêt sont les énergies renouvelables, les ressources naturelles, la production alimentaire, l’agriculture, la pêche, le travail, les valeurs démocratiques, les droits humains et les droits animaux, les questions de genre et l’action non-violente.

En 2014, l’Institut a publié un recueil d’articles sur la décroissance de Serge Latouche, Juan Martinez-Alier, Giorgios Kallis etc., traduits en grec sous le titre : « 11 textes pour la décroissance : Au-delà de dilemme entre développement et austérité » («11 κείμενα για την αποανάπτυξη: Πέρα από το δίλημμα λιτότητα ή ανάπτυξη»). Le sujet de la décroissance suscite d’autant plus d’intérêt que, depuis 2010, les échecs des politiques libérales à opérer une relance économique en Grèce ont ouvert une fenêtre de discussion pour des modèles économiques divergents et auparavant inaudibles. En avril 2013, le Prasino Institouto a organisé une conférence-débat intitulée « Beyond Growth/Degrowth: changing Greece’s cultural paradigm », avec Stavros Agoglossakis, Mauro Bonauiti, Mary Mellor, Valter Bonan et Igor Matutinovic.

Or Noir. La grande histoire du pétrole, par Matthieu Auzanneau

Depuis les premiers puits désormais à sec jusqu’à la quête frénétique d’un après-pétrole, du cartel secret des firmes anglo-saxonnes (les « Sept Soeurs ») jusqu’au pétrole de schiste, Or noir retrace l’irrésistible ascension de la plus puissante des industries.
Dans cette fresque passionnante, on croise les personnages centraux des cent dernières années – Churchill, Clemenceau, Roosevelt, Staline, Hitler, De Gaulle, Kissinger, sans oublier les présidents George Bush père et fils… –, mais aussi John Rockefeller, probablement l’homme le plus riche de tous les temps, ainsi que des personnalités moins connues ayant joué des rôles décisifs, tels Calouste Gulbenkian, Abdullah al-Tariki ou Marion King Hubbert. Ce livre éclaire d’un jour inattendu des événements cruciaux – l’émergence de l’URSS, la crise de 1929, les deux guerres mondiales, les chocs pétroliers, les guerres d’Irak, la crise de 2008, etc. –, bousculant au passage beaucoup de fausses certitudes. Le pétrole, notre source primordiale et tarissable de puissance, est présent à l’origine des plus grands déchaînements du siècle passé, comme du sucre versé sur une fourmilière.
Jusqu’à une date récente, l’emprise du pétrole s’oubliait ; elle allait tellement de soi. Croissance, climat, guerre, terrorisme : cette emprise ressurgit aujourd’hui à travers de gigantesques menaces. Or notre avenir dépend de celui que nous donnerons au pétrole, ou bien de celui qu’il nous imposera. La fin du pétrole, en tant que carburant de l’essor de l’humanité, devrait se produire bien avant que ce siècle ne s’achève. De gré ou de force. Et nul ne peut dire où cette fin va nous conduire…

 
Matthieu Auzanneau est l’auteur du blog « Oil Man, chroniques du début de la fin du pétrole », publié par Le Monde depuis 2010. Journaliste spécialiste des questions à la croisée de l’économie et de l’écologie (Le Monde, Arte, « Envoyé Spécial », Terra Eco, etc.), il est en charge de la prospective au sein du Shift Project, groupe de réflexion sur la transition énergétique

La Découverte, 718 pages, 14,99 €. Paru en mars 2015.

Transitions écologiques à Cerisy 30 juin-10 juillet 2015

CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

QUELLES TRANSITIONS ÉCOLOGIQUES ?

DU MARDI 30 JUIN (19 H) AU VENDREDI 10 JUILLET (14 H) 2015

(Colloque de 10 jours)

DIRECTION : Dominique BOURG, Alain KAUFMANN, Dominique MÉDA

ARGUMENT :Comme par une malédiction, les mots de l’environnement souffrent d’une obsolescence quasi originelle. À l’occasion déjà de la toute première journée de la Terre, le 22 avril 1970, de grandes sociétés comme Monsanto ou Dow Chemical faisaient partie des organisateurs. Ainsi, le développement durable est assez rapidement devenu une sorte de tarte à la crème légitimant paradoxalement diverses tendances écologiquement délétères de nos sociétés. Qui n’est pas aujourd’hui un fervent partisan du développement durable ou de la transition écologique? D’où le titre de cette décade avec son pluriel accompagné d’un point d’interrogation.

Lors de ce colloque, nous comptons interroger certains aspects déterminants de ce que pourraient incarner et signifier les transitions écologiques. Nous nous intéresserons en premier lieu aux théories politiques sous-jacentes et aux modèles économiques alternatifs, aux monnaies complémentaires et autres instruments de durabilité, sans oublier les indicateurs complémentaires et alternatifs au PIB. Nous aborderons aussi les questions de modes de vie, les alternatives technologiques, les imaginaires mobilisés et les fondements éthiques aussi bien qu’anthropologiques.

Ce colloque s’adresse aux chercheurs et étudiants des différentes disciplines concernées, mais également aux responsables et membres d’ONG, de collectivités territoriales et aux entrepreneurs. Il entend fournir aux participants à la fois des bases conceptuelles renouvelées et des pistes concrètes pour mettre en œuvre les transitions écologiques.

télécharger le flyer du colloque et le bulletin d’inscription

 

CALENDRIER PROVISOIRE :Mardi 30 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants

Mercredi 1er juillet
Matin:
Dominique BOURG, Alain KAUFMANN & Dominique MÉDA: Introduction
Dominique BOURG & Kerry H. WHITESIDE: Bilan des réflexions sur démocratie et écologie des années 1970 à nos jours et perspectives

Après-midi:
Philosophie politique écologique (session anglophone) I
Andrew DOBSON: Ecologism revisited
Robyn ECKERSLEY: Democracy in the Anthropocene
David SCHLOSBERG: Rethinking Environmental Management in the Anthropocene

Jeudi 2 juillet
Matin:
Philosophie politique écologique II
Augustin FRAGNIÈRE: Transition écologique et liberté
Jean-Marie HARRIBEY: Économiser la nature relève-t-il de l’économie?
Pierre STATIUS: L’écologie politique: les conditions de possibilité anthropologiques et politiques

Après-midi:
Modèles et réflexions économiques alternatifs I
Nicolas BOULEAU: La titrisation généralisée
Gaël GIRAUD: Quelle épistémologie pour l’économie d’aujourd’hui?
Alain GRANDJEAN: Transition écologique: comment favoriser la multiplication des initiatives?

Vendredi 3 juillet
Matin:
Modèles et réflexions économiques alternatifs II
Table ronde, avec Frédéric BAULE (Unburnable Carbon? Un point de vue de pétrolier) & Cécile RENOUARD (Une responsabilité politique des multinationales est-elle possible?), Claude HENRY (Technologies pour la transition dans les pays en développement: mise en œuvre de la règle d’Einstein), Bernard PERRET (La raison écologique est-elle soluble dans la raison économique?), Dominique PLIHON (Financements alternatifs pour la transition écologique) et Antonin POTTIER (Pouvons-nous vraiment nous passer du PIB?)

Après-midi:
Instruments de la transition écologique
Table ronde, avec Christian ARNSPERGER (Les monnaies complémentaires comme outils de la TE), Gaël GIRAUD (Comment faire de la monnaie un commun?), Wojtek KALINOWSKI (Les monnaies fiscales au service de la transition écologique) et Mathilde SZUBA (Les quotas individuels de carbone)

Soirée:
Projection du film Sacrée croissance !, en présence de la réalisatrice Marie-Monique ROBIN

Samedi 4 juillet
Matin:
Ethiques environnementales et enjeux politiques
Table ronde, avec Hicham Stéphane AFEISSA (Politique et éthique environnementale), Gérald HESS (Les éthiques environnementales révisées à la lumière des enjeux politiques) et Corine PELLUCHON (Écologie et existence. Philosophie du corps politique)

Après-midi:
Quel modèle social déconnecté de la croissance?
Table ronde, animée par Philippe FRÉMEAUX, avec Jean-Charles HOURCADE (De la signification des échecs répétés de la fiscalité écologique), Anousheh KARVAR (Quel rôle pour l’État et les politiques publiques dans une société post-croissance?), Dominique MÉDA (Travail et emploi dans une société de post-croissance), Bernard PERRET (Démarchandisation, coopération et symbiose) et Xavier TIMBEAU (Politiques de l’emploi)

Dimanche 5 juillet
Matin:
Anthropologie et politique de la transition écologique
Christian ARNSPERGER: Anthropologie économique de la transition
Christian ARNSPERGER & Dominique BOURG: Pour un droit à l’expérimentation sur les territoires

Après-midi:
DÉTENTE

Lundi 6 juillet
Matin:
Inégalités
Damien DEMAILLY: Inégalités et environnement
Marie DURU-BELLAT: Les inégalités contre l’écologie
Catherine LARRÈRE: Toutes les inégalités environnementales sont-elles des injustices?

Après-midi:
Expériences communautaires de transitions écologiques
Luc SEMAL: Contribution du catastrophisme à la construction démocratique d’alternatives locales
Alice CANABATE: Éléments de réflexion sur les initiatives de transition en temps de crise: limites et portées des créativités communautaires
Caroline LEJEUNE: Négocier la justice environnementale: perspectives politiques des inégalités écologiques dans l’organisation des communautés locales

Soirée:
Autour de l’œuvre de Catherine et Raphaël Larrère
Discussion avec Catherine et Raphaël LARRÈRE
Modérateur: Rémi BEAU

Mardi 7 juillet
Matin:
Technologies de la transition (low-tech, fab lab, open source…) et modes de vie
Philippe BIHOUIX: Face aux mirages de la croissance verte, quelles orientations pour une civilisation techniquement soutenable?
Aurélien BOUTAUD: L’hypothèse artificielle, ou l’économie à l’assaut des limites écologiques
Pierre-Benoît JOLY: L’innovation en tension: circuits courts contre circuits longs?

Après-midi:
Effondrement et collapse
Table ronde, avec Bertrand GUILLAUME (Présence du futur et effondrement), Fabien LOCHER (Au-delà de Collapse: perspectives historiques sur la pensée des effondrements écologiques), Alain PAPAUX (Le règne sans fin d’homo faber), Grégory QUENET (Effondrement et collapse, un nouveau régime d’historicité?) et Bruno VILLALBA (La contraction démocratique)

Soirée:
Marc ATALLAH: Raconter les catastrophes: réflexions sur les fonctions anthropologiques de la (science-)fiction

Mercredi 8 juillet
Matin:
Les expressions de la décroissance
Table ronde, avec Alain GRAS (Transition énergétique et décroissance: deux projets contradictoires), Jacques GRINEVALD (La diaspora de la décroissance et le débat sur l’Anthropocène), Bertrand MÉHEUST (Saturation, anthropocène et décroissance) et Agnès SINAÏ (Récits de l’Anthropocène)

Après-midi:
DÉTENTE

Jeudi 9 juillet
Matin:
Vers de nouveaux indicateurs?
Isabelle CASSIERS: Le Bhoutan nous interpelle: Bonheur national brut et nouveau paradigme de développement
Denis COUVET: La qualité des écosystèmes comme méta-capabilité
Natacha GONDRAN: Enjeux et problématiques de l’évaluation et de la représentation des impacts environnementaux?
Géraldine THIRY: L’indice de richesse inclusive: l’économie mainstream au-delà de ses limites, mais en-deçà de la soutenabilité?
Discutante: Valérie BOISVERT

Après-midi:
Expériences de transition écologique en Normandie
Modérateur: Frédérick LEMARCHAND

Soirée:
L’énergie d’une politique: sortir du nucléaire?
Sylvain LAVELLE (La société de transition. L’énergie nucléaire comme paradigme), Martine LEGRIS-REVEL et Frédérick LEMARCHAND

Vendredi 10 juillet
Matin:
Dominique BOURG, Alain KAUFMANN & Dominique MÉDA: Synthèse

Après-midi:
DÉPARTS

 

RÉSUMÉS :

Philippe BIHOUIX: Face aux mirages de la croissance verte, quelles orientations pour une civilisation techniquement soutenable?
Les métaux, ressources minérales naturelles non renouvelables, sont à la base de notre civilisation industrielle. Leur raréfaction sera un des défis majeurs du XXIe siècle, car notre modèle actuel de développement, qui repose sur la croissance économique et un accroissement continu du prélèvement des ressources, se heurte à la finitude de la planète. Au regard des enjeux techniques, économiques, sociaux et environnementaux de la raréfaction des métaux, les discours sur l’abondance, la croissance verte et les technologies salvatrices relèvent malheureusement du mythe. Plus consommatrices de ressources rares, plus difficiles à recycler, trop complexes, les nouvelles technologies tant vantées nous conduisent dans l’impasse. Au lieu de s’en remettre à une hypothétique « sortie par le haut » à base d’innovations high tech, c’est au contraire vers les low tech qu’il faut se tourner, des technologies plus sobres, moins polluantes et mieux recyclables.Philippe Bihouix est ingénieur centralien. Il a travaillé, notamment comme ingénieur conseil, dans de nombreux secteurs industriels (énergie, chimie, transports, télécommunications, bâtiment, aéronautique…).
Il est coauteur de l’ouvrage Quel futur pour les métaux (EDP sciences, 2010), qui traite de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique et L’âge des low tech (Seuil, 2014), qui remet en cause la course en avant technologique.


Nicolas BOULEAU: La titrisation généralisée
Nous étudions les tendances du capitalisme tardif destinées à étendre le domaine du marché vis à vis d’externalités ou d’usages sociaux, fondées sur une extension des méthodes de titrisation mises en œuvre et perfectionnées à propos du marché des créances. Après un aperçu historique des trois principales étapes du néolibéralisme nous étudions le cas de l’économie de la connaissance, celui des services éco-systémiques et enfin celui de la transformation du marché du travail.

Nicolas Bouleau est mathématicien, il enseigne l’épistémologie et la philosophie des sciences à l’Université Paris-Est. Il étudie la production de connaissance dans le monde contemporain par divers essais qui touchent à la modélisation, l’art, les risques, la psychanalyse, l’économie financière. Actuellement rattaché au Cired il participe aux réflexions sur la lutte contre le changement climatique et étudie en ce moment l’économie des ressources non renouvelables.
Publications
Mathématiques et risques financiers, O. Jacob, 2009.
Risk and Meaning, Springer, 2011.
« Limits to Growth and Stochastics », Real World Economics, 2012.
La modélisation critique, Quae, 2014.


Dominique BOURG & Kerry H. WHITESIDE: Bilan des réflexions sur démocratie et écologie des années 1970 à nos jours et perspectives
Nous décrivons l’évolution des idées en écologie politique depuis les années soixante-dix, en soulignant le rapport entre écologie et démocratie. Nous distinguons des courants différents (malthusiens, arcadiens, institutionnalistes, marxisants, apocalyptiques, anti-démocratiques). L’émergence d’un courant en faveur de l’application de la démocratie délibérative aux questions écologiques sera examinée de près, aussi bien que les propositions introduites par les tenants de la théorie de l’acteur-réseaux. Nous serons également attentifs à l’évolution du contexte environnemental général et aux altérations irréversibles globales désormais engagées, un contexte radicalement différent de celui de l’écologie politique naissante.

Kerry H. Whiteside est professeur de sciences politiques à Franklin and Marshall College (USA).
Publications
Merleau-Ponty and the Foundation of an Existential Politics, Princeton, 1988.
Divided Natures: French Contributions to Political Ecology, MIT, 2002.
Precautionary Politics, MIT, 2006.
Vers une démocratie écologique (avec D. Bourg), Seuil, 2010.


Aurélien BOUTAUD: L’hypothèse artificielle, ou l’économie à l’assaut des limites écologiques
Les atteintes humaines à l’environnement ont pris une ampleur mondiale, au point que l’activité humaine soit aujourd’hui devenue le plus important facteur de modification de l’écosystème planétaire. Erosion de la biodiversité, pollutions chimiques, épuisement des ressources, acidification des océans, changement climatique… de nombreuses limites de l’équilibre écologique planétaire sont sur le point d’être franchies. Mais face aux cris d’alarme des environnementalistes, les dirigeants restent étrangement impassibles. À leurs côtés, les économistes se font rassurants. Refusant de remettre en cause le modèle productiviste, ces derniers ont en effet élaboré une théorie qui prétend rendre la croissance infinie dans un monde aux ressources finies. Son hypothèse centrale est simple: il serait possible de substituer indéfiniment le « capital naturel » dégradé par du « capital artificiel ». Mais comment est née cette « hypothèse artificielle »? Comment s’est-elle imposée dans les esprits? De quelle manière cette hypothèse prend-elle progressivement la forme d’un véritable projet politique, susceptible de repousser grâce à la science et à la technologie les limites écologiques planétaires? Le projet est-il réaliste? Faut-il en avoir peur? Est-il encore possible de résister à cette politique de la croissance infinie?

Aurélien Boutaud est docteur en Science et génie de l’environnement. En tant que consultant et chercheur indépendant, il a travaillé au cours des quinze dernières années sur de nombreuses thématiques liées aux politiques publiques en matière de transition écologique. Il est par ailleurs l’un des spécialistes français de l’empreinte écologique (Cf. Boutaud A., Gondran N., 2009, L’empreinte écologique, Coll. « Repères », La Découverte, Paris).

Alice CANABATE: Éléments de réflexion sur les initiatives de transition en temps de crise: limites et portées des créativités communautaires
D’importants mouvements contestataires ont émergé, à partir de 2011 en Europe, traduisant le sursaut des peuples qui souffrent le plus de la crise. En s’opposant à la domination des logiques de marché et aux excès de pouvoir d’États perçus comme extérieurs à la société, ces « mouvements pré-figuratifs » (Pleyers, Clasius, 2013) proposent des cadres d’expérience visant l’élaboration d’un autre monde davantage en adéquation avec les valeurs de justice sociale qu’ils souhaitent incarner. Ainsi, de nombreuses initiatives communautaires sont nées de ces mouvements en Espagne, en Grèce ou au Portugal, conjuguant combat politique et forme de vie. Il s’y articule un désir de redéfinition des valeurs partagées et d’expérimentations concrètes permettant une transition vers d’autres manières de vivre prenant en compte la matérialité des territoires. Certains éléments mènent à considérer qu’il s’agit d’un renouvellement des registres de protestation et d’un changement de rationalité politique quand à la portée et aux échelles de mobilisation. Pour autant, d’importantes limites apparaissent également qui mènent à réfléchir à ce que ces « laboratoires d’expériences » peuvent révéler. Nous en dresserons les lignes principales.

Alice Canabate est docteure en sociologie de l’Université Paris Descartes, qualifiée aux fonctions de Maître de Conférences. Spécialiste des questions d’écologie politique, elle est l’auteure d’articles et de chapitres d’ouvrage sur ces thématiques. Elle est également l’auteure d’un rapport d’étude conduit en 2013 pour EELV-EFA, sur la cohésion sociale en temps de crise. Elle est aujourd’hui chercheure associée au Laboratoire de Changement Social et Politique (Université Paris VII).
Publications
« Le renouvellement des imaginaires ou les voix de la vertu de l’écologie sociale », in P-A. Chardel et B. Reber (dir.), Écologies sociales, le souci du commun, Parangon, coll. « Situations critiques », Lyon, 2014. pp163-181.
« Entre hétéronomie et autonomie: réflexions sur l’imaginaire instituant et sur les pratiques de l’écologie politique associative », in S. Klimis, P. Caumières et L. Van Eynde (dir.), L’autonomie en pratique, Cahiers Castoriadis n°8, Publication des Facultés Universitaires Saint Louis, Bruxelles, 2013. pp. 75-103.
« Subjectivités rebelles et espaces publics oppositionnels: vers la construction d’un autre commun? », in B. Frelat Kahn, J. Spurk et P-A. Chardel, Espace public et reconstruction du politique, Presse des Mines, Paris, 2015 (à paraître).
« Décroissance et récession en Europe », in (dir. A. Sinai), L’économie de l’après-croissance, Politiques de l’Anthropocène II, Presses de Sciences-Po, Paris, 2015 (à paraître).


Isabelle CASSIERS: Le Bhoutan nous interpelle: Bonheur national brut et nouveau paradigme de développement
Deux propositions énoncées ou mises en œuvre par le Bhoutan interpellent l’Occident dans sa recherche d’une transition écologique et sociale. La première est la conception et l’utilisation d’un indicateur radicalement alternatif au PIB: le Bonheur national brut. Nous examinerons la singularité de cet indicateur et les points par lesquels il constitue une avancée, susceptible d’inspirer la recherche « Beyond GDP ». La deuxième proposition est un Rapport à l’ONU intitulé « Happiness: Towards a New Development Paradigm » (2013). Nous analyserons les lignes directrices de ce rapport et son caractère novateur. Enfin, nous dresserons un parallèle entre les défis auxquels le Bhoutan se trouve confronté et ceux communs à tout chemin de transition. La communication s’appuiera sur deux séjours de recherche au « Gross National Happiness Centre » du Bhoutan, en 2013 (8 semaines) et 2014 (5 semaines).

Isabelle Cassiers est professeur d’économie à l’UCL et chercheur qualifié du Fonds national belge de la recherche scientifique. Initialement spécialisée en histoire économique et sociale et en théorie de la régulation, elle a recentré ses recherches sur la redéfinition de la prospérité et sur les indicateurs alternatifs au PIB.
Publication
Redéfinir la prospérité: jalons pour un débat public (dir.), éditions de l’Aube, 2011 (traduction anglaise: Redefining Prosperity, Routledge 2014).
Pour plus de détails: www.icassiers.be


Denis COUVET: La qualité des écosystèmes comme méta-capabilité
Alors que la notion de capabilité éclaire les finalités des politiques publiques en faveur des humains, de la biodiversité (Nussbaum, 2011), celle de méta-capabilité permet d’intégrer les contraintes environnementales dans ces choix sociaux; la négociation, échange, visant à ce que chaque individu, groupe social, puisse au moins atteindre, se maintenir au-delà des valeurs minimales des capabilités centrales, tout en respectant les limites écologiques du système, ou méta-capabilité (Holland, 2008). Nous examinerons le rôle de la biodiversité dans la définition de ces capabilités centrales, des métacapabilités, les indicateurs de biodiversité qui pourraient en résulter.

Bibliographie
Couvet D. & Ducarme F., 2014, « Reconciliation ecology, from biological to social challenges », Revue d’ethnoécologie, http://ethnoecologie.revues.org/1979; DOI: 10.4000 /ethnoecologie.1979.
Couvet D., 2015, « Transition écologique publiques et capabilités, place de la biodiversité », in La fin du monde ou la fin d’un monde?, Démocraties eds.
Holland B., 2008, Justice and the Environment in Nussbaum’s « Capabilities Approach ». Why Sustainable Ecological Capacity Is a Meta-Capability, Politic Res », Quaterly 61, 319-332.
Nussbaum M., 2011, Creating capabilities: the human development approach, Cambridge, Massachusetts, The Belknap Press of Harvard University Press.
Sen A., 2009, L’idée de justice, Paris, Payot.


Damien DEMAILLY: Inégalités et environnement
Depuis longtemps, les inégalités ont été vues comme un défi à l’élaboration d’un développement durable. Mais si le milieu académique et politique s’est tout d’abord soucié des inégalités entre pays, depuis deux décennies ce sont les inégalités domestiques, entre les personnes d’un même pays, qui retiennent l’attention. Pour certains, la protection de l’environnement est un facteur de justice sociale et — vice versa — la réduction des inégalités économiques est un facteur d’amélioration de notre empreinte écologique. Pour d’autres, la préservation de l’environnement se fait au détriment des plus pauvres et la lutte contre les inégalités ne peut que conduire à une plus forte dégradation environnementale. La présente communication distinguera les différents liens qui existent entre inégalités et environnement, et proposera de les explorer à l’aide d’une revue de la littérature existante.

Damien Demailly est diplômé de l’École Polytechnique et docteur en économie de l’environnement. Après sa thèse effectuée au Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement sur les liens entre les politiques de protection du climat et la compétitivité des entreprises, il a travaillé pendant cinq ans dans le milieu associatif et politique sur le thème de l’énergie et du climat. En 2012, il rejoint l’Iddri pour y lancer le programme Nouvelle Prospérité. Ce programme étudie les transformations de nos modèles économiques aussi bien d’un point de vue macro (croissance verte, post croissance, etc) que micro (nouveaux business models, nouvelles pratiques collaboratives, etc), et s’intéresse par ailleurs à la dimension sociale des politiques de protection de l’environnement.

Andrew DOBSON: Ecologism Revisited
Twenty-five years ago I published a book called « Green Political Thought » in which I tried to describe green political thinking as if it were an ideology, like socialism, liberalism, conservatism, anarchism and so on. I called this ideology « ecologism », and distinguished it from a less radical, more reformist, strand of thinking which I termed « environmentalism ». In this talk I want briefly to outline what I considered — in 1990 — to be the principal building blocks of ecologism and the way in which these distinguished it both from environmentalism and from other political ideologies. I then want to consider, from this vantage point 25 years later, what has happened to ecologism and the building blocks identified in 1990. Are they still in place? How have they been transformed both through theoretical reflection and political experience in the intervening 25 years? If I were to write that book now, how different would it be?

Andrew Dobson is Prof of Politics at Keele University, UK. His research focuses on environmental political theory. He is the author of six books: An Introduction to the Politics and Philosophy of Jose Ortega y Gasset; Jean-Paul Sartre and the Politics of Reason: a Theory of History; Justice and the Environment: Conceptions of Environmental Sustainability and Dimensions of Social Justice; Citizenship and the Environment; Green Political Thought and Listening for Democracy: recognition, representation, reconciliation. He has edited or co-edited seven further books: The Green Reader; The Politics of Nature: Explorations in Green Political Theory (edited with Paul Lucardie); Fairness and Futurity: Essays on Environmental Sustainability and Social Justice; Environmental Citizenship (edited with Derek Bell); Citizenship, Environment, Economy (edited with Angel Valencia); Political Theory and the Ecological Challenge (edited with Robyn Eckersley); The Politics of Protection: Sites of Insecurity and Political Agency (edited with Jef Huysmans and Raia Prokhovnik) and Biosecurity: the Socio-Politics of Invasive Species and Infectious Diseases (edited with Kezia Barker and Sarah Taylor).

Marie DURU-BELLAT: Les inégalités contre l’écologie
S’il est aujourd’hui largement démontré qu’il existe des relations entre inégalités sociales et problèmes environnementaux, la perspective la plus explorée s’attache à mettre en perspective les positions sociales des « coupables » et des « victimes » des dommages écologiques. Mais on peut aussi se demander, et c’est cette perspective qui sera privilégiée ici, dans quelle mesure les inégalités sociales elles-mêmes sont susceptibles d’accroître les problèmes environnementaux, en particulier parce qu’elles alimentent de l’envie et une course à une consommation ostentatoire, mais aussi parce qu’elles forgent des intérêts tellement divergents que tout accord sur les questions environnementales, par nature globales, est problématique. À l’inverse, une société moins inégale — au sein des États comme au niveau de la planète — rendrait davantage possible les avancées en ce domaine.

Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste des questions d’éducation, de genre et de stratification sociale, et d’inégalité de manière générale, est chercheuse à l’Observatoire Sociologique du Changement (Sciences Po) et à l’Institut de recherche sur l’Education (IREDU).
Publications
Le mérite contre la justice, Les Presses de Sciences Po, 2009.
Pour une planète équitable. L’urgence d’une justice globale, Seuil, 2014.


Robyn ECKERSLEY: Democracy in the Anthropocene
These are worrying times for democracy. The idea that humans have now become the new, Earth-shaping force has been accompanied by various arguments for environmental exceptionalism, from geoengineering to eco-authoritarianism. On this view, democracy should be compromised if we wish to respect planetary boundaries and speed up the ecological transition. Yet those who reject this view also have little faith in the capacity of liberal democracies, environmental multilateralism or new proposals for « Earth-systems governance » to usher in an ecological transition. More generally, the transboundary and trans-temporal character of climate change and other global ecological problems provides a fundamental challenge to the idea of democracy based on a fixed demos and a defined territory. This presentation will revisit both the environmental defence and critique of democracy in the age of the Anthropocene and show how the paradox at the heart of democracy, namely, the democratic boundary problem, might be harnessed to serve wider communities in space and time.

Robyn Eckersley is Professor of Political Science at the University of Melbourne. Her research interests focus on environmental political theory and global environmental politics, with a special focus on the ethics, politics and governance of climate change.
Publications
Environmentalism and Political Theory (1992).
The Green State: Rethinking Democracy and Sovereignty (2004).
Special Responsibilities: Global Problems and American Power (2012, with M. Bukovansky, I. Clark, R. Price, C. Reus-Smit and N. Wheeler).
Globalization and the Environment (2013, with P. Christoff).


Augustin FRAGNIÈRE: Transition écologique et liberté
Cette présentation propose une réflexion sur les diverses conceptions de la liberté et leur compatibilité respective avec un monde aux limites écologiques toujours plus saillantes. En particulier, elle maintient qu’une transition vers des sociétés à faible empreinte écologique devrait se distancer des conceptions de la liberté comme pure liberté de choix pour s’orienter vers un idéal plus proche de la liberté comme non-domination.

Augustin Fragnière mène actuellement une recherche postdoctorale dans le domaine de l’éthique du changement climatique à l’Université de Washington aux États-Unis. Il est détenteur d’un doctorat en philosophie obtenu conjointement auprès des Universités de Paris 1 et de Lausanne. Ses recherches portent sur les théories normatives de la justice et leur application aux problèmes environnementaux contemporains.

Natacha GONDRAN: Enjeux et problématiques de l’évaluation et de la représentation des impacts environnementaux?
L’évaluation environnementale permet de construire de nouvelles représentations de l’environnement afin de guider les acteurs vers la transition écologique. Mais ce sujet présente différents verrous scientifiques. Un équilibre doit être trouvé entre approche normative versus évaluative: la communauté scientifique se voit contrainte de pallier l’absence d’objectifs écologiques partagés par la société en proposant elle-même le cadre normatif de l’évaluation. Le dilemme de la précision recherchée par les scientifiques, versus la simplification souhaitée par les usagers, pose la question de la substituabilité entre les différentes composantes de l’évaluation. Il ne faut pas oublier que les outils d’évaluation contribuent à la mise en évidence et au traitement de certains problèmes écologiques plutôt que d’autres. Enfin, l’évaluation environnementale interroge l’approche disciplinaire classique en exigeant une démarche interdisciplinaire.

Natacha Gondran, est maître-assistante au sein de l’école des Mines de Saint- Etienne et de l’UMR 5600 Environnement Villes et Sociétés. Ses activités de recherche et d’enseignement portent sur l’évaluation et la représentation des enjeux environnementaux dans une optique de transitions écologique et énergétique. Elle est titulaire d’un diplôme d’ingénieur, spécialité Génie énergétique et environnement de l’INSA de Lyon et d’un doctorat.
Publication
(Avec Aurélien Boutaud) L’empreinte écologique, collection « Repères », Éditions La Découverte, 2011.


Catherine LARRÈRE: Toutes les inégalités environnementales sont-elles des injustices?
Les populations humaines sont affectées inégalement par les nuisances et les risques environnementaux, et l’accès aux ressources environnementales est tout aussi inégalement distribué. Pourtant ces inégalités, dont l’importance croît avec la dégradation de la situation environnementale, sont le plus souvent méconnues. Il y a à celà diverses raisons qui tiennent à la difficulté à articuler l’environnemental et le social. Parmi celles-ci, on envisagera les arguments qui poussent à distinguer entre inégalités et injustices. Soit que l’on considère que les inégalités environnementales ne recoupent pas toujours les inégalités sociales. Soit que, selon le schéma libéral, on ne considère comme des injustices que les inégalités qui contreviennent aux principes d’une justice distributive. Soit enfin, que l’on pense que l’injustice se concentre là où les inégalités d’exposition aux nuisances sont inversement proportionnelles aux inégalités dans la production des impacts.

Catherine Larrère, professeur émérite à l’Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne, s’intéresse aux questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale, au croisement de la philosophie de la nature et de la philosophie de la technique.
Publications
Les philosophies de l’environnement, Paris, PUF, collection « Philosophies », 1997.
Du bon usage de la nature, Pour une philosophie de l’environnement (en collaboration avec Raphael Larrère), Paris, Aubier, 1997 (réed. Paris, Champs Flammarion, 2009).


David SCHLOSBERG: Rethinking Environmental Management in the Anthropocene
In the anthropocene, what we mean by « the environment » is now unstable, with human actions affecting the very makeup, functioning, and evolution of global and local ecosystems and habitats. This paper examines four possible normative underpinnings for human management of this climate-challenged environment, starting with new problems for both the traditional conception of the conservation of a past, and the political application of the idea of limits and boundaries. The potential of an expanded hubris of human technological intervention, beyond the usual geoengineering ideas, is explored. The paper concludes with a proposal for the use of ecological receptivity as a normative basis for environmental management. Here, a « politics of sight » that engages the public and makes visible human immersion in natural systems is the starting point for rethinking our relationship with the environment. The anthropocene will not recede, and the central question of environmental management will be whether we can develop productive and fecund ways to reflexively and sustainably manage ecosystems, habitats, and human needs.

David Schlosberg is Professor of Environmental Politics in the Department of Government and International Relations at the University of Sydney, and the co-Director of the Sydney Environment Institute. His research has long focused on environmental political thought, environmental and climate justice, and the politics of environmental movements. He is the author or co-author of numerous books, including Defining Environmental Justice (Oxford, 2007), and Climate Challenged Society (Oxford, 2013, with John Dryzek and Richard Norgaard). Most recently, he is co-editor of Animal Politics and Political Animals (Palgrave 2014), and the forthcoming Oxford Handbook of Environmental Political Theory (Oxford, 2015).

Pierre STATIUS: L’écologie politique: les conditions de possibilité anthropologiques et politiques
Nombreux sont les philosophes ou autres politistes qui, partant du constat de l’urgence écologique, évoquent la naissance d’un nouveau paradigme philosophique et politique et appellent de leurs vœux une véritable révolution philosophique et politique. Entendons par là une rupture avec le projet moderne et avec les principes du libéralisme politique. Nous voulons dans cette communication prendre cette hypothèse au sérieux et envisager les transformations requises dès lors qu’on prend en considération cette hypothèse: qu’en est-il pour la liberté, pour la démocratie? Et surtout est-il inévitable de prendre nos distances avec le libéralisme, ne doit-on pas distinguer libéralisme et néo-libéralisme dans cette réflexion?

Bibliographie
Le réel et la joie, essai sur l’œuvre de Montaigne, Paris, Kimé.
De l’éducation des modernes, Paris, L’Harmattan.
François Furet, révolution, grande guerre et communisme, Paris, Cerf.
Le métier d’enseignant aujourd’hui et demain, Paris, L’Harmattan.
Éducation et totalitarisme, Dijon, Presse du réel.


Géraldine THIRY: L’indice de richesse inclusive: l’économie mainstream au-delà de ses limites, mais en-deçà de la soutenabilité?
L’Indice de richesse inclusive est issu de la théorie économique standard de la soutenabilité, entendue comme préservation d’une somme pondérée de capitaux censés contribuer au bien-être intergénérationnel. Cet indicateur semble voué à occuper une place importante dans la poursuite d’un développement soutenable, notamment dans les pays en développement. Si l’indicateur séduit par son élégance et sa portée, il n’en pose pas moins des problèmes méthodologiques, épistémologiques et politiques majeurs. Nous proposons une analyse critique de l’indicateur et du cadre théorique sur lequel il s’appuie, en mettant l’accent sur l’économicisme qui le caractérise sous les dehors d’une théorie rénovée et débarrassée de ses oripeaux néoclassiques les plus injustifiables. Cette communication s’inscrit dans une démarche de déconstruction systématique des nouveaux indicateurs de prospérité pour en comprendre les enjeux théoriques, normatifs et épistémologiques, et esquisser le cas échéant des alternatives. L’intervenante a appliqué cette démarche à plusieurs reprises dans le cadre de sa thèse de doctorat.

Géraldine Thiry est économiste, chargée de cours et de recherche à l’Université catholique de Louvain (UCL, Belgique) depuis septembre 2014. Après avoir étudié les sciences politiques et l’économie à l’UCL, elle a réalisé un doctorat en sciences économiques, obtenu en mai 2012 à l’UCL, sur le thème des nouveaux indicateurs de prospérité. Entre septembre 2012 et décembre 2013, elle a été chercheuse à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), au sein du projet européen « BRAINPOoL » (BRinging Alternative INdicators into POLicies). Grâce à une bourse post-doctorale « Fernand Braudel », elle a collaboré de décembre 2013 à septembre 2014 avec le Prof. Dominique Méda (Collège d’Etudes Mondiales, FMSH-Paris), dans la Chaire « Reconversion écologique, travail, emplois et politiques sociales ». Ses principaux domaines de recherche sont les nouveaux indicateurs de prospérité, la socio-économie de la quantification, la comptabilité critique et l’économie écologique.
Publications
Isabelle Cassiers et Géraldine Thiry (2014), « Turning the Tide From GDP to New Prosperity Indicators: A High-Stakes Shift », in Isabelle Cassiers, Redefining Prosperity, Routlege Studies in Ecological Economics, Routledge, London.
Géraldine Thiry (2014), « Beyond GDP: Conceptual Grounds of Quantification. The Case of the Index of Economic Well-Being », Social Indicators Research, DOI:10.1007/s11205-014-0650-6.
Géraldine Thiry (2010), « Indicateurs alternatifs au PIB: Au-delà des nombres », Emulations, n°8, Décembre 2010.
Site Internet
http://www.geraldinethiry.be


Modèles et réflexions économiques alternatifs II
Table ronde, avec Frédéric BAULE (Unburnable Carbon? Un point de vue de pétrolier) & Cécile RENOUARD (Une responsabilité politique des multinationales est-elle possible?), Claude HENRY (Technologies pour la transition dans les pays en développement: mise en œuvre de la règle d’Einstein), Bernard PERRET (La raison écologique est-elle soluble dans la raison économique?), Dominique PLIHON (Financements alternatifs pour la transition écologique) et Antonin POTTIER (Pouvons-nous vraiment nous passer du PIB?)

Claude HENRY: Technologies pour la transition dans les pays en développement: mise en œuvre de la règle d’Einstein
Pour assurer la production, la diffusion et l’utilisation efficace d’innovations technologiques adaptées aux besoins du développement, la règle d’Einstein — « aussi simple que possible, mais pas plus simple » — est souvent un bon critère de sélection. Encore faut-il qu’elle soit mise en œuvre avec la préoccupation plus large que le développement soit réellement durable, qu’en particulier il mobilise des ressources humaines et matérielles locales sous-utilisées, que les actions de formation accompagnant la mise en place des innovations soient principalement endogènes, et que les complications bureaucratiques soient réduites au strict nécessaire. L’analyse s’appuiera sur des réalisations telles que le « Hush Power System » de production locale d’électricité à partir de la balle du riz dans les états indiens du Bihar et de l’Uttar Pradesh, l’opération « Mille et une fontaines » au Cambodge, la méthode de lutte biologique intégrée, dite « Push-Pull », contre des parasites du maïs en Afrique orientale.

Physicien devenu économiste, Claude Henry a travaillé à l’École polytechnique pendant plus de trente ans comme professeur et comme directeur du Laboratoire d’Économétrie. Pendant cette période, il a été co-éditeur de la Review of Economic Studies puis du Journal of Public Economics. Ses publications portent sur les sujets suivants: interactions faibles entre particules élémentaires, équations différentielles avec discontinuités, valeurs d’option et effet irréversibilité, décisions en incertitude, économie des services publics et régulation, propriété intellectuelle et innovation. Il a aussi été, de 1997 à 2002, membre du Conseil d’Analyse Économique, sous l’autorité du Premier ministre Lionel Jospin. À l’heure actuelle professeur de Développement durable à Sciences Po Paris et à l’Université Columbia New York Columbia, il préside le Conseil scientifique de l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI). Il est membre de l’Academia Europea,  Fellow de l’Econometric Society, Médaille d’argent du CNRS.
Publications
« Critères simples pour la prise en compte du risque », Econometrica, 49 (1981) 153-170.
Traité des nouveaux risques, Paris, Gallimard (Folio Actuel), 2002 (avec O. Godard, P. Lagadec et  E. Michel-Kerjan).
« Decision-Making under Scientific, Political and Economic Uncertainty », in Beijer Institute of the Swedish Academy of Sciences (ed.), Bringing Ecologists and Economists Together, Munich, Springer Verlag, 2010.
« Intellectual Property, Dissemination of Innovation and Sustainable Development », Global Policy, 1 (2010), 237-251 (Avec  J. Stiglitz).
Innovation for Sustainable Development: Beyond Rearranging Chairs on the Titanic Deck, New York, Columbia University Press, à paraître 2015 (Avec L. Tubiana).


Bernard PERRET: La raison écologique est-elle soluble dans la raison économique?
L’économie est considérée ici comme un « cadre de rationalité », c’est-à-dire comme un ensemble d’éléments de la structure sociale incluant: une représentation partagée de la réalité, et notamment des contraintes, des valeurs et des finalités, des objectifs de différents niveaux, emboîtés de manière cohérente, des modèles de raisonnement, des modèles d’action et des normes de comportement, des outils et critères d’évaluation (Indicateurs), et enfin des pratiques sociales stabilisées par des normes, conventions et institutions. L’objet de la communication est de montrer: 1) que le cadre de rationalité qui constitue le prérequis du fonctionnement de l’économie capitaliste est très cohérent et résilient, 2) que ce cadre de rationalité, par les comportements et pratiques sociales qu’il suscite, est inadapté aux impératifs de la transition écologique, 3) qu’il faut déduire des contraintes écologiques les éléments structurants d’un autre cadre de rationalité (appelé ici la « raison écologique »).

Bernard Perret est ingénieur et socio-économiste. Il est actuellement membre du Conseil général de l’environnement et du développement durable (inspection générale du ministère de l’écologie). Il est membre du comité de rédaction de plusieurs revues françaises et internationales (Esprit, Projet, Evaluation) et auteur d’une dizaine d’ouvrages.
Publications
L’après-croissance (Les petits matins, 2015).
Pour une raison écologique (Flammarion, 2011).
L’évaluation des politiques publiques (La Découverte, 2001, 2008, 2014).


Dominique PLIHON: Financements alternatifs pour la transition écologique
La transition écologique requiert des investissements d’un montant considérable, notamment dans les domaines des infrastructures, des transports, du logement, de la R&D. Le système financier actuel n’est pas en mesure d’apporter les financements adaptés à ces besoins. Les investisseurs, comme les banques ont, en effet, un biais court-termiste, leurs critères d’investissement sont dominés par la seule rentabilité financière qui exclut la prise en compte des externalités et du rendement social. De leur côté, les acteurs publics sont dominés par une logique essentiellement comptable et une contrainte budgétaire forte dans le contexte de la crise économique et financière. De nouvelles formes de financement sont donc nécessaires pour assurer les investissements lourds et à long terme indispensables à la transition écologique. Quatre sources principales de financements alternatifs doivent être envisagées: le recours à l’épargne populaire (du type livret A) canalisée par des institutions publiques telles que la Caisse des dépôts; le financement bancaire, avec la garantie de l’État, et le refinancement de la banque centrale; le financement par des investisseurs de long terme, incités par des règles fiscales et prudentielles appropriées; le recours au financement participatif décentralisé, notamment pour les investissements locaux visant la mise en place d’énergies nouvelles (éolien, solaire, biomasse, …). La mise en place de financements alternatifs doit s’inscrire dans une politique d’ensemble visant à promouvoir un nouveau modèle de développement économique et social.

Dominique Plihon est professeur émérite en sciences économiques à l’Université Paris-Nord. Il est membre du conseil scientifique et porte-parole d’Attac. Il fait partie du réseau des « Économistes Atterrés ».
Publications
Quelles leçons de la crise pour les banques centrales?, Rapport du conseil d’Analyse Économique, en coll. avec J-P. Betbèze, C. Bordes et J. Couppey-Soubeyran, La Documentation Française (2012).
Changer l’Europe!, Économistes Atterrés, Le liens qui Libèrent (2013).
L’économie mondiale en 2030 – Ruptures et continuités, livre collectif coédité avec J. Mazier et P. Petit, Economica (2013).


Antonin POTTIER: Pouvons-nous vraiment nous passer du PIB?
Le poids du PIB dans le discours public est vu comme un obstacle à la transition écologique. De nouveaux indicateurs de richesse sont fréquemment proposés pour remédier à ses défauts. La contribution contestera malicieusement ces vues. Elle rappellera les origines de l’utilisation du PIB pour mieux comprendre son emprise présente. La croissance du PIB assure un rôle régulateur, non parce qu’elle augmente le bien-être, mais parce qu’elle crée de l’activité. On mettra aussi en lumière les difficultés à se passer du PIB, difficultés qui ne sont pas seulement politiques, mais qui révèlent l’organisation socio-économique des sociétés développées. On concluera par quelques pistes pour dépasser les apories présentées.

Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de mathématiques, Antonin Pottier a soutenu sa thèse « L’économie dans l’impasse climatique » sous la direction de Jean-Charles Hourcade. Ses recherches portent sur les aspects socio-économiques du changement climatique, l’intégration de l’environnement dans la discipline économique, et plus généralement sur les interactions entre économie, société et environnement.

Cécile RENOUARD: Une responsabilité politique des multinationales est-elle possible?
Sauf exception, la réflexion relative à l’éthique climatique s’interroge sur les responsabilités des États et des individus et passe largement sous silence les responsabilités des acteurs économiques. La rhétorique et les pratiques des entreprises multinationales en matière de RSE, de même que les rapports récents concernant la contribution du secteur privé au développement et à la transition écologique et énergétique dans les pays du Sud mobilisent des concepts flous comme ceux de croissance verte et d’économie inclusive, qui ne sont pas à la hauteur des réquisits d’une éco-justice centrée sur la maximisation du lien social et écologique. L’intervention s’appuiera à la fois sur les recherches pluridisciplinaires au croisement de la philosophie morale et politique, des sciences sociales et de gestion et de l’économie du développement, sur les enquêtes effectuées dans des filiales de grands groupes industriels (notamment Total au Nigeria, Danone en Indonésie et au Mexique, Veolia et Michelin en Inde) et sur la réflexion collective menée avec des cadres dirigeants concernant l’identification de leviers et blocages (idéologiques, managériaux, stratégiques) vis-à-vis d’un processus de transformation des modèles économiques. À partir de l’étude d’un projet de recyclage du plastique, il s’agira d’analyser quelques points clés concernant la responsabilité politique de l’entreprise, entendue comme la mise en œuvre d’une éco-justice économique (relative à la production et au partage de la valeur), socio-culturelle (en termes de reconnaissance) et politique (en termes de représentation et de gouvernance).

Cécile Renouard est professeur de philosophie au Centre Sèvres-Facultés jésuites de Paris, enseignante à l’École des Mines de Paris et à l’ESSEC, Directrice du programme de recherches « CODEV – Entreprises et développement » à l’ESSEC (Institut IRENE). Religieuse de l’Assomption, membre du conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot et du CA de l’Agence Française de Développement.
Publications
Éthique et entreprise, Editions de l’Atelier, 2013 (édition de poche, 2015).
« Peut-on concilier responsabilité sociale de l’entreprise et mission de service public dans le secteur de l’eau? Enquête sur le contrat de Nagpur, Inde », (avec Marie-Hélène Zerah), Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°200, 2014, p.76-87.
« La responsabilité éthique et politique des multinationales », Revue des sciences religieuses 88, n°3 (2014), p. 315-332.
« Justice écologique et responsabilité politique de l’entreprise », Études, mai 2014, p. 41-51.
« Développement durable et crise de la représentation », Études, avril 2013, p. 461-472.


Instruments de la transition écologique
Table ronde, avec Christian ARNSPERGER (Les monnaies complémentaires comme outils de la TE), Gaël GIRAUD (Comment faire de la monnaie un commun?), Wojtek KALINOWSKI (Les monnaies fiscales au service de la transition écologique) et Mathilde SZUBA (Les quotas individuels de carbone)

Wojtek KALINOWSKI: Les monnaies fiscales au service de la transition écologique
La transition écologique ne sera jamais une simple affaire de « policy fix »: pour relever un défi à la fois social et environnemental, nous n’avons d’autre choix que de reprendre la marche vers la démocratisation de l’économie. La monnaie nous offre à cet égard un levier potentiel, mais l’expérience des monnaies locales montre qu’il n’est pas aisé de se l’approprier en pratique: il s’agit souvent d’outils de sensibilisation plus que d’outils économiques. Les limites d’une diffusion spontanée et « par le bas » tiennent au contexte dans lequel ces projets émergent, hostile à l’idée même de pluralité monétaire, et se heurtent à l’organisation de l’économie dans son ensemble. Pour mieux soutenir une réorientation réelle des activités économiques, ils doivent s’insérer dans le circuit monétaire public et faire partie d’une démarche politique plus globale.

Wojtek Kalinowski est co-directeur de l’Institut Veblen et auteur de Transition écologique, mode d’emploi (avec Philippe Frémeaux et Aurore Lalucq), paru aux Petits Matins en 2014, ainsi que de nombreux articles et notes sur le rôle de la monnaie dans la transition écologique, notamment « Écologie, démocratie et système monétaire » et « L’impact socio-économique des monnaies locales et complémentaires ».


Ethiques environnementales et enjeux politiques
Table ronde, avec Hicham Stéphane AFEISSA (Politique et éthique environnementale), Gérald HESS (Les éthiques environnementales révisées à la lumière des enjeux politiques) et Corine PELLUCHON (Écologie et existence. Philosophie du corps politique)

Hicham Stéphane AFEISSA: Politique et éthique environnementale
Les théoriciens d’éthique environnementale n’ont jamais méconnu la portée proprement politique des problèmes soulevés par la crise environnementale, depuis la formation de ce courant philosophique dans le courant des années 1970. On peut estimer schématiquement que leur réflexion sur ce sujet se sera développée en trois étapes. La première correspond à ce qu’il est convenu d’appeler l’éthique du bateau de sauvetage, telle qu’elle a été théorisée par Garrett Hardin à la fin des années 1970. La deuxième correspond à l’effort accompli, au cours des années 1990, par un certain nombre d’activistes et de théoriciens en vue de recentrer socialement les questions environnementales, en s’attachant aux problèmes des inégalités écologiques. La troisième correspond à une réflexion qui s’est élaborée dans les années 2000 autour du problème annoncé des déplacés climatiques.

Publications
Éthique de l’environnement. Nature, valeur, respect, Paris, J. Vrin, 2007.
Qu’est-ce que l’écologie?, Paris, J. Vrin, 2009.
La communauté des êtres de nature, Paris, Éditions MF, 2010.
Philosophie animale. Différence, responsabilité et communauté, en collaboration avec Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Paris, J. Vrin, 2010.
Nouveaux fronts écologiques. Essais d’éthique environnementale et de philosophie animale, Paris, J. Vrin, 2012.
Portraits de philosophes en écologistes, Paris, Éditions Dehors, 2012.
Des verts et des pas mûrs. Chroniques d’écologie et de philosophie animale, Paris, PUF, 2013.
Le fin du monde et de l’humanité. Essai de généalogie du discours écologique, Paris, PUF, 2014.


Corine PELLUCHON: Écologie et existence. Philosophie du corps politique
Les éthiques environnementales reprochaient aux philosophies de la liberté de concevoir l’environnement comme un simple décor de l’histoire. Pourtant, elles n’ont pas su articuler l’écologie à une philosophie de l’existence ni rénover la démocratie. Cette double tâche constitue le défi de la philosophie de l’environnement aujourd’hui. Celle-ci prend ici la forme la forme d’une phénoménologie du « vivre de » qui s’appuie sur la matérialité de l’existence et la corporéité du sujet, soulignant l’importance de la spatialité et de l’habitation qui est toujours une cohabitation avec les autres hommes et avec les autres espèces. Il est question non de ressources, mais de nourritures, qui désignent tout ce dont nous vivons. Un tel point de départ modifie le sens de l’éthique et de la justice. Non seulement elles ne se bornent pas aux relations entre les hommes actuels, mais, de plus, notre rapport aux nourritures est le lieu originaire de l’éthique. De même, la justice désigne le partage des nourritures et se distingue des théories distributives. Enfin, à partir du moment où l’on reconstruit l’association civile sur un sujet qui « vit de », on comprend que le contrat social ne peut plus être structuré exclusivement par la conciliation des libertés et des intérêts individuels. D’autres objectifs comme la préservation d’un monde habitable entrent dans la définition du bien commun.

Corine Pelluchon est professeur de philosophie à l’Université de Franche-Comté. Spécialiste de philosophie politique et d’éthique appliquée, elle a publié plusieurs ouvrages.
Publications
Leo Strauss: une autre raison, d’autres Lumières, Vrin, 2005, Prix F. Furet (2006), traduction américaine chez Suny Press en 2014.
L’autonomie brisée. Bioéthique et philosophie, PUF, 2009/2014, traduction espagnole, Bios y Oikos, Univ. El Bosque, 2013.
Éléments pour une éthique de la vulnérabilité. Les hommes, les animaux, la nature, Le Cerf, 2011, Grand Prix Moron de l’Académie française (2012).
Les Nourritures. Philosophie du corps politique, Le Seuil, 2015.
Site Internet
http://corine-pelluchon.fr


Quel modèle social déconnecté de la croissance?
Table ronde, animée par Philippe FRÉMEAUX, avec Jean-Charles HOURCADE (De la signification des échecs répétés de la fiscalité écologique), Anousheh KARVAR (Quel rôle pour l’État et les politiques publiques dans une société post-croissance?), Dominique MÉDA (Travail et emploi dans une société de post-croissance), Bernard PERRET (Démarchandisation, coopération et symbiose) et Xavier TIMBEAU (Politiques de l’emploi)

Anousheh KARVAR
Anousheh Karvar est docteure en histoire et sociologie des sciences, chercheure associée au centre de recherche en histoire des sciences et des techniques (UMR CNRS-Cité des sciences et de l’industrie) de 1991-2004 et à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (UMR CNRS-Université Paris Dauphine) depuis fin 2014.
Ancienne secrétaire nationale de la CFDT de 2001 à 2012, elle est chargée d’évaluation des politiques publiques dans les domaines de travail et d’emploi, depuis.


Dominique MÉDA: Travail et emploi dans une société de post-croissance
Une société sans croissance est, entend-on souvent dire, une société condamnée au chômage, puisqu’il faudrait en France, au moins 1,5% de croissance pour créer des emplois. Et si, au contraire, l’engagement de la société dans la reconversion écologique était une occasion non seulement d’augmenter le volume de travail mais aussi de désintensifier le travail et de répondre ainsi au fort malaise qui caractérise une partie des travailleurs aujourd’hui.

Dominique Méda est ancienne élève de l’ENS et de l’ENA, agrégée de philosophie, inspectrice générale des affaires sociales et actuellement professeure de sociologie à l’Université Paris-Dauphine, titulaire de la Chaire Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales au collège d’études mondiales et directrice de l’IRISSO.
Dernière publication
La Mystique de la croissance. Comment s’en libérer, Champs Flammarion, 2014.


Bernard PERRET: Démarchandisation, coopération et symbiose
Économie sociale et solidaire, consommation collaborative, jardins familiaux, auto-réhabilitation du logement, monnaies locales ou alternatives, autopartage, covoiturage, crowdfunding, etc.: ces formes d’échange que l’on aurait qualifié il y a peu d’ »alternatives » s’installent dans le paysage social. Dans le même temps, en réponse aux contraintes écologiques, on assiste à l’émergence de nouveaux paradigmes productifs autour de l’économie circulaire et de l’économie de la fonctionnalité. L’enjeu de la communication est de faire apparaître le fil rouge qui relie cet ensemble très hétérogène de pratiques et d’innovations. À des degrés divers, toutes relèvent d’une forme de démarchandisation,  ce terme étant pris ici dans un sens très extensif (schématiquement, tout ce qui se traduit par la prise en compte dans l’échange économique de valeurs/critères non monétarisables et/ou de préoccupations/motivations non économiques). Tout se passe comme si l’échange social ne pouvait désormais se développer qu’aux marges de la sphère marchande, à travers des processus d’hybridation du marché avec d’autres logiques. La notion de symbiose prolonge celle d’hybridation en y ajoutant une dimension de complexité systémique et la prise en compte des interdépendances avec la nature. Ce qui se dessine est un nouveau « réencastrement » (Polanyi) du capitalisme dans l’écosystème des activités humaines.

Bernard Perret est ingénieur et socio-économiste (voir ci-dessus).

Xavier TIMBEAU
Xavier Timbeau est directeur principal de l’Observatoire français des conjonctures économiques (O.F.C.E), centre de recherches en économie de Sciences-Po. Il travaille dans le domaine de l’analyse macroéconomique, de la prévision macroéconomique, de la modélisation économique et de l’économétrie appliquée. Parmi d’autres, ses sujets de recherche ont porté sur l’estimation du chômage d’équilibre. Il a également travaillé sur la question du retour au plein emploi, la croissance à moyen terme de l’économie française. Il enseigne l’économie de l’environnement à Sciences-po Paris et à Supélec.


Effondrement et collapse
Table ronde, avec Bertrand GUILLAUME (Présence du futur et effondrement), Fabien LOCHER (Au-delà de Collapse: perspectives historiques sur la pensée des effondrements écologiques), Alain PAPAUX (Le règne sans fin d’homo faber), Grégory QUENET (Effondrement et collapse, un nouveau régime d’historicité?) et Bruno VILLALBA (La contraction démocratique)

Fabien LOCHER: Au-delà de Collapse: perspectives historiques sur la pensée des effondrements écologiques
La parution, en 2005, du livre Collapse du naturaliste américain Jared Diamond, a suscité un intérêt planétaire pour la question des effondrements sociétaux déclenchés, aggravés ou accélérés par des enchaînements de processus socio-écologiques. Mais Collapse n’est en fait que la dernière incarnation d’une longue tradition de discours, d’analyses et de grands récits prenant pour objet la chute des sociétés, dans ses liens à l’agir humain sur le monde naturel. Cette intervention vise à explorer cette question, jamais étudiée en tant que telle, en tentant une première cartographie de cette tradition multiforme, empruntant aussi bien aux réflexions classiques sur la chute de Rome qu’aux anxiétés impériales des USA au XXe siècle. Ce faisant, l’objectif est d’éclairer cette facette méconnue de l’histoire de la pensée des rapports entre nature, histoire et sociétés, à l’époque contemporaine.

Fabien Locher est historien, chargé de recherche au CNRS. Ses travaux portent sur l’histoire environnementale du monde contemporain, et particulièrement sur l’histoire longue des interactions climat/société et sur celle des formes de gouvernement de l’environnement par la propriété.
Publications
Le savant et la tempête. Étudier l’atmosphère et prévoir le temps au XIXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, 2008.
Co-auteur d’un « Repère »: Introduction à l’histoire environnementale (co-signé avec F. Graber, J.B. Fressoz et G. Quene).


Bruno VILLALBA: La contraction démocratique
La question de l’effondrement soulève un enjeu politique qui concerne les conditions de réaction de la démocratie représentative pluraliste. Diamond interroge les procédures d’inclusion de la possibilité de l’effondrement au sein des procédures d’élaboration de la décision. Il met en évidence l’importance de la période historique qui précède l’effondrement: celle qui se caractérise par la possibilité de choisir une orientation permettant d’éviter ou de réduire les conséquences de l’effondrement. La démocratie moderne est construite sur l’hypothèse d’une infinité de ses choix (la pluralité et le principe de la sélection des orientations par l’élection). Cette perspective est à la base de la vision contractualiste qui fonde la valeur de l’individualisme: chacun est encouragé à élaborer sa propre destinée et le régime démocratique est celui qui rend possible cette infinité des combinaisons. Pourtant, les limites environnementales amènent à une toute autre vision du projet démocratique. Il doit désormais intégrer les irréversibilités au cœur même de ses possibilités de choix. La contraction démocratique est une réflexion sur les modalités de cette adaptation du cadre démocratique aux possibilités matérielles de son développement. Cela interroge la démocratie au-delà d’une simple perspective procédurale (les conditions de la décision) et met l’accent sur la gestion des contradictions inhérentes à l’objectif d’émancipation du projet démocratique face aux contraintes matérielles. Elle amène enfin à un questionnement sur la marge temporelle (le délai) qui reste aux régimes démocratiques pour réaliser cette adaptation.

Bruno Villalba est professeur de science politique à AgroParisTech et membre du CERAPS (Lille).
http://ceraps.univ-lille2.fr/en/lab-members/bruno-villalba.html
Publications
Villalba B., « Temporalités négociées, temporalités prescrites. L’urgence, l’inertie, l’instant et le délai », Publication des actes du colloque de Cerisy, 2013, Interdisciplinarités, entre nature et société (à paraître).
Villalba B., « Au fondement matériel de la démocratie », Revue Projet, Dossier « Aura-t-on l’énergie d’une transition juste? », n°344, 2015, pp.56-63.
Villalba B., Semal L., 2013, « Obsolescence de la durée. La politique peut-elle continuer à disqualifier le délai? », in Vivien F.-D., Jacques Lepart, Pascal Marty (eds.), L’évaluation de la durabilité, Paris, Edition Quae, 2013, pp. 81-100.
Villalba B., 2010, « L’écologie politique face au délai et à la contraction démocratique », in Ecologie et Politique, n°40, 2010, pp. 95-113.


Les expressions de la décroissance
Table ronde, avec Alain GRAS (Transition énergétique et décroissance: deux projets contradictoires), Jacques GRINEVALD (La diaspora de la décroissance et le débat sur l’Anthropocène), Bertrand MÉHEUST (Saturation, anthropocène et décroissance) et Agnès SINAÏ (Récits de l’Anthropocène)

Alain GRAS: Transition énergétique et décroissance: deux projets contradictoires
Ce terme de transition est un abus de langage car la véritable transition de rupture fut celle, au XIXe, qui nous fit passer à l’usage unique de l’énergie fossile. La première phase fut solide avec le charbon, la seconde mobile, ou fluide, avec le pétrole. La troisième phase de la transition énergétique, la seule que le politiquement correct nomme ainsi, repose presque uniquement sur l’énergie secondaire électricité et sur un imaginaire de l’instantanéité fondée sur les réseaux et autres « esmart-grids ». La transition énergétique telle qu’elle est engagée ne change donc rien au projet progressiste, ou développementaliste, de prédation continue de la planète, qui est aussi de coupure de la relation de l’être avec le monde à l’entour. L’énergie devient de plus en plus insaisissable, conceptuellement, charnellement, matériellement. Or une véritable transition ne peut se concrétiser qu’avec un changement d’éthos qui remettrait en cause le socle imaginaire sur lequel repose la conscience néo-libérale moderne. On ne voit pas comment ce changement pourrait se réaliser dans une promotion technocratique « high tech » qui ne change rien à nos représentations de l’art de vivre ensemble.

Agnès SINAÏ: Récits de l’Anthropocène
Grâce à la focale à laquelle l’Anthropocène nous convie, nous prenons la mesure que notre époque, dans sa singularité, dans la vitesse des transformations qu’elle induit selon des proportions inédites, est un événement fugace. En ce sens, la focale anthropocénique se veut un dispositif d’étirement de l’imaginaire. Si nous vivions sur une île imaginaire et immuable, notre regard sur les transformations du reste du monde serait intact. Inversement, les représentations de notre temps sont sujettes à une perspective déformée, une anamorphose, une aberration optique ou un trompe l’oeil, bref, une dissonance cognitive, parce que nous sommes immergés dans celui-ci. La rhétorique de la transition ferait-elle partie de cette dissonance? Ou a-t-elle pris la mesure de la Grande Accélération?
L’Anthropocène se révèle être une nouvelle focale, une lunette optique permettant de relier humains et non humains non plus du seul point de vue du rythme moderne, mais selon une histoire lente de la Terre. Que voyons-nous, en regard de ce qu’il y a à voir?



Autour de l’œuvre de Catherine et Raphaël Larrère
Discussion avec Catherine et Raphaël LARRÈRE (Modérateur: Rémi BEAU)
Cette soirée sera l’occasion d’une discussion autour de l’œuvre de Catherine et Raphaël Larrère. De la réflexion philosophique sur le concept de nature à l’analyse des enjeux éthiques des problématiques environnementales en passant par une interrogation sur notre façon de penser la technique, celle-ci témoigne du développement d’une philosophie de l’environnement, dont la profondeur et l’étendue sont, à ce jour, inégalées en langue française. Dix-huit années après celle de leur maître-livre Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l’environnement, la parution, au printemps 2015, de leur nouvel ouvrage Penser et agir avec la nature. Une enquête philosophique est un événement pour la réflexion philosophique et écologique, qui sera au centre de la discussion.

Bibliographie
Raphaël Larrère, Des hommes et des forêts, Paris, Gallimard, 1993.
Catherine et Raphaël Larrère, Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l’environnement, Paris, Aubier, 1997.
Catherine Larrère, Les Philosophies de l’environnement, Paris, PUF, 1997.
Raphaël Larrère et Martin de la Soudière, Cueillir la montagne. À travers landes, pâtures et sous-bois, Ibis Press, 2010 (1985).
Catherine et Raphaël Larrère, Penser et agir avec la nature. Une enquête philosophique, Paris, La découverte, 2015.

Remi Beau est philosophe. Post-doctorant à l’Université de Lausanne, il travaille dans le domaine de la philosophie morale et politique et s’intéresse tout particulièrement aux interrogations philosophiques suscitées par les problématiques environnementales.
Publications
« Justice climatique: questions d’échelles », Implications philosophiques, 2011.
Avec Amy Dahan et Stefan Aykut, L’Europe face au changement climatique, Fondation de l’Ecologie Politique, 2015.
« Entrées « Nature ordinaire » et « Ecocentrisme » »,
dans Dominique Bourg et Alain Papaux (dir.), Dictionnaire de la pensée écologique, Paris, PUF, 2015 (à paraître).



L’énergie d’une politique: sortir du nucléaire?, avec Sylvain LAVELLE (La société de transition. L’énergie nucléaire comme paradigme), Martine LEGRIS-REVEL et Frédérick LEMARCHAND
Le nucléaire sera abordé  en tant que système politique, inspiré par des visions de la transition énergétique en débat. Continue-t-on à exploiter les centrales nucléaires pour mieux en sortir? Avec la question de la sortie du nucléaire, invoquée comme une formule plus qu’une véritable intention politique, se posent plusieurs paradoxes et points aveugles. La question du démantèlement et du traitement des déchets, ainsi que de la capitalisation des connaissances et des coûts associés reste encore largement écartée des débats. Comment les citoyens sont-ils associés aux débats? Quels sont les scénarios alternatifs en matière énergétique alors qu’ITER se présente comme un renouveau du « mythe » nucléaire des années soixante? Le lobby nucléaire s’appuie largement sur le changement climatique et l’impact carbone pour justifier son essor. Lors, dans quelle mesure la territorialisation des politiques énergétiques, à travers l’exemple de la région Nord Pas de Calais et de la Manche, alimente-t-elle un imaginaire du progrès technique ou contribue -t-elle à la transition énergétique? Par ailleurs, le nucléaire continue de constituer une menace majeure pour les pays qui en sont lourdement dotés comme la France. Les expériences tragiques — et fortement minorées quant à leurs conséquences réelles — de Tchernobyl et de Fukushima méritent d’être questionnées dans la mesure à un accident majeur, de par ses conséquences irréversibles  et démesurées dans le temps et dans l’espace, n’autorise plus d’alternative, de transition ou de « développement durable ». Cette soirée sera conçue comme un dialogue entre intervenants, laissant une large ouverture avec la salle.

Sylvain LAVELLE: La société de transition. L’énergie nucléaire comme paradigme
La société dans laquelle nous vivons est susceptible d’être qualifiée de diverses manières: société de consommation, de l’information ou du risque. Mais ces qualifications ne rendent pas suffisamment compte des traits et des tendances qui caractérisent l’émergence d’une société confrontée aux limites et aux urgences qui lui impose la nature. Il est devenu courant de parler de société en transition afin de qualifier le processus de changement vers une organisation et un fonctionnement plus écologiques des collectifs humains. Il est cependant moins courant de faire de la transition une forme de société, autrement dit une société de transition qui se distingue d’autres formes. C’est à l’examen de cette forme de société nouvelle qu’est consacrée cette contribution, laquelle prend l’énergie nucléaire comme paradigme de la « réforme révolutionnaire » appelée par la transition écologique.

Sylvain Lavelle est enseignant-chercheur en philosophie au sein du département SHS de l’ICAM Paris-Sénart, école d’ingénieurs. Il dirige le Centre Éthique, Technique et Société (CETS) et il est chercheur associé à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (GSPR). Ses travaux actuels portent sur la philosophie et la méthodologie de la recherche, la pensée dialogique et post-dialogique, l’écologie du changement et de la transition et les modes de production de la démocratie et du commun.
Publications
Science, technologie et éthique, Ellipses, 2006.
La société en action, Hermann, 2013.
Critiques du dialogue (à paraître).


Martine Legris-Revel est docteur en sociologie des organisations de l’Université Paris IX Dauphine (2004) et historienne contemporaine de l’université Paris 1 Panthéon La Sorbonne. Chercheur rattachée au Centre d’Etude et de Recherche Appliquée aux sciences Politiques et Sociales (CERAPS Université Lille 2/CNRS), elle travaille en sociologie politique sur la participation du public à l’action publique notamment dans le secteur de l’environnement (ANR Parthage) et de l’orientation de la recherche (projet européen Consider). Elle s’est récemment rendue au Japon pour une enquête collaborative sur les suites de l’accident de Fukushima.
Publications
Legris-Revel, Martine, « La démocratie participative au risque des défis technologiques », in Les rendez-vous d’Archimède (à paraitre).
Revel, Martine, « Necessity for engineers to engage in public issues of global Import », in Christensen, Meganck et Delahousse (edit.), Philosophy in engineering, Viborg, Academica, 2007.
Revel, Blatrix, Blondiaux, Fourniau, Hériard, Lefebvre, Le débat public une expérience française de démocratie participative, Paris, La découverte, 2007.

 

Avec le soutien
de l’Institut Veblen,
du Collège d’études mondiales (FMSH),
de la Fondation Nicolas Hulot (FNH),
de l’Interface Sciences-Société, de l’Institut de Géographie et Durabilité
et de la Haute École Pédagogique de l’Université de Lausanne,
de la Chaire Développement Durable de l’École polytechnique
et de la Caisse des Dépôts et Consignations

Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, par Pablo Servigne et Raphaël Stevens

Et si notre civilisation s’effondrait ? Non pas dans plusieurs siècles, mais de notre vivant. Loin des prédictions Maya et autres eschatologies millénaristes, un nombre croissant d’auteurs, de scientifiques et d’institutions annoncent la fin de la civilisation industrielle telle qu’elle s’est constituée depuis plus de deux siècles. Que faut-il penser de ces sombres prédictions ? Pourquoi est-il devenu si difficile d’éviter un tel scénario ?

Dans ce livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens décortiquent les ressorts d’un possible effondrement et proposent un tour d’horizon interdisciplinaire de ce sujet – fort inconfortable – qu’ils nomment la « collapsologie ». En mettant des mots sur des intuitions partagées par beaucoup d’entre nous, ce livre redonne de l’intelligibilité aux phénomènes de « crises » que nous vivons, et surtout, redonne du sens à notre époque. Car aujourd’hui, l’utopie a changé de camp : est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant. L’effondrement est l’horizon de notre génération, c’est le début de son avenir. Qu’y aura-t-il après ? Tout cela reste à penser, à imaginer, et à vivre…
Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Spécialiste des questions d’effondrement, de transition, d’agroécologie et des mécanismes de l’entraide, il est l’auteur de Nourrir l’Europe en temps de crise (Nature & Progrès, 2014).

Raphaël Stevens est éco-conseiller. Expert en résilience des systèmes socioécologiques, il est cofondateur du bureau de consultance Greenloop.
Postface d’Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement et président de l’Institut Momentum.

Editions du Seuil, collection « Anthropocène », parution le 9/04/2015, 304 pages, 19 €.

Le Grand Pillage. Comment nous épuisons les ressources de la planète

Quarante ans après Les Limites à la croissance, ce nouveau rapport choc du Club de Rome tente cette fois-ci de nous alerter sur notre consommation de ressources minérales.

Que ce soit l’or, le charbon ou le pétrole, les minéraux ont toujours joué un rôle central dans l’histoire de l’humanité, faisant et défaisant des civilisations entières. Aujourd’hui, les enjeux à venir concernent aussi bien l’uranium que les terres rares ou le lithium. Des ressources qui se tarissent – ou dont les coûts d’exploitation explosent – à mesure que notre dépendance envers elles s’accroît.

Moins médiatisée que le changement climatique, la question des minerais et des métaux constitue probablement l’un des défis majeurs du XXIe siècle. Leur raréfaction remet profondément en cause les perspectives d’une croissance verte fondée sur les nouvelles technologies. Celles-ci ne pourront en effet nous épargner un changement radical de nos modes de production et de consommation.

Ugo Bardi est chercheur et professeur de chimie, contributeur à The Oil Drum, membre du comité scientifique de l’Association pour l’étude des pics de pétrole et de gaz naturel (ASPO) et auteur de plusieurs ouvrages, notamment sur l’énergie et les ressources minières, comme The Limits to Growth Revisited.

Aux éditions Les Petits Matins, 320 pages, 19€. Paru le 2 avril 2015.