28 janvier 2012

Faut-il chercher à remplacer le pétrole ?

Lorsque vous avez compris le phénomène du pic pétrolier, vous pouvez appréhender le problème de plusieurs façons.

Vous pouvez déprimer à cause d’un sentiment d’impuissance puisque vous dépendez, comme tout le monde, de cette énergie abondante et peu chère. De plus, vous ne voyez pas de possibilité d’échapper au marasme général qui nous attend. Vous mettez alors ce problème dans un coin de votre esprit pour ne pas trop y penser et vous continuez à vivre, rassurés par l’inconscience de tous ceux qui vous entourent.

Vous pouvez  y voir une fabuleuse opportunité de changer de paradigme, de réorganiser votre vie, celle de vos voisins, de votre quartier ou de votre ville, car vous êtes conscient que nous ne pourrons jamais plus disposer d’une telle manne énergétique. Vous êtes tout excité par l’ambitieux changement qui se dessine et par cette possibilité de construire votre vie par vous-même et plus en fonction de ce que vous impose la société.

Enfin, vous pouvez avoir l’espoir de voir émerger une solution, LA solution qui vous permettra de ne rien changer ou presque à votre mode de vie. Vous espérez que, comme pour toutes les innovations technologiques, il vous suffira de vous rendre au supermarché et de remplir un chèque (ou faire un crédit) pour résoudre le problème. Après tout, il n’y a pas de raison que cela change, nous avons toujours fait comme ça.

C’est souvent autour de cette dernière possibilité que se situent les débats. Quelles solutions techniques nous permettraient de ne rien changer ou presque ? Dans combien de temps seront-elles prêtes ? Combien coûteraient-elles ?

Mais faut-il vraiment souhaiter l’existence d’une solution de substitution ?

Je me pose très souvent cette question, en tant qu’ingénieur énergéticien.  Lorsque j’ai repris mes études, je ne savais pas si je découvrirais une technologie meilleure que les autres, celle qui permettrait de ne pas polluer, d’envisager un fonctionnement vraiment durable de notre société. Si c’était le cas, je ferais tout pour la promouvoir.

Malheureusement, j’ai vite compris qu’il n’y avait pas de miracle, et que chaque technologie avait ses avantages et inconvénients, que chaque territoire ne disposait pas des mêmes ressources disponibles. Il était donc inutile de promouvoir le solaire plutôt que l’éolien, la géothermie ou la biomasse, puisque Marseille et Dunkerque, par exemple, ne disposent évidemment pas des mêmes potentiels énergétiques.

Mais au-delà de ça, et comme le dit très justement Jean Marc Jancovici, « L’énergie se manifeste lorsque vous changez une température, une vitesse, une masse, une composition chimique ou une nature atomique. » « La consommation d’énergie est avant tout un excellent indicateur de la pression que nous exerçons sur notre environnement ».

Il est évident que l’augmentation permanente de notre consommation d’énergie a augmenté de manière fulgurante notre pression sur l’environnement.

Pour autant, il ne faut pas en déduire que l’Homme est un destructeur par nature, il fait simplement partie de l’écosystème planétaire, comme n’importe quelle autre espèce animale ou végétale, mais il a su exploiter, mieux que les autres, les ressources mises à sa disposition. Et c’est ainsi dans tous les écosystèmes, lorsqu’une espèce est en capacité de mieux exploiter les ressources, elle finit par prédominer et malheureusement, cela implique une diminution de la diversité, des interactions, et finalement le système se fragilise et perd sa résilience.

Vous trouverez de très nombreux exemples dans lesquels une espèce animale ou végétale fini par étouffer progressivement les autres en prenant de la puissance mais en devenant de plus en plus vulnérable à certains changements.

Image représentant le cycle adaptatif en quatre phases par lesquelles passent, suivant des échelles de temps plus ou moins longues, tous les écosystèmes. (source: résilience alliance)

L’Homme a donc eu la capacité d’exploiter les ressources, grâce à son intelligence et aux richesses naturelles auxquelles il a eu accès. Aujourd’hui cette prédominance implique une forte diminution de la biodiversité à cause de la surexploitation des ressources et nous devenons de plus en plus fragiles et vulnérables à certains chocs.

Trouver une source d’énergie équivalente au pétrole reviendrait finalement à continuer d’accroitre ce déséquilibre déjà bien avancé, en continuant à augmenter la population mondiale, à consommer toujours plus de ressources pour répondre à cette croissance supposée sans limites.

C’est pourquoi, lorsque j’analyse le problème du pic pétrolier et que je me demande quelles devraient être de réelles solutions durables, je me dis que c’est probablement une chance qu’aucune solution technologique ne soit prête, qu’aucune ne soit suffisamment efficace pour nous permettre de continuer à fonctionner comme aujourd’hui.

La prédominance humaine nous a rendu extrêmement vulnérables sans même que nous puissions nous en rendre compte, et elle n’est possible que si les ressources planétaires sont encore suffisamment abondantes pour nous permettre à tous de vivre, ce qui n’est plus le cas.

La fin du pétrole nous imposera donc de faire avec ce dont nous disposons localement. Ce paramètre est fondamental car il permettra à tous de comprendre que le confort matériel et énergétique dont nous disposons aujourd’hui n’existe plus sans l’exploitation des richesses des autres pays du monde, qui eux ne peuvent pas, et ne pourront jamais atteindre notre niveau de vie.

Assumer la fin de l’anthropocène !

Cessons donc de chercher une solution qui nous permette de continuer à vivre de la même façon qu’aujourd’hui. Ce n’est de toute façon pas durable car si ce n’est l’énergie, c’est tout le reste qui finira par manquer.

Repensons intelligemment nos modes de vie, organisons  localement nos besoins en fonction de nos ressources. Nous disposons déjà de tous les outils pour exploiter le vent, le soleil, la terre et la mer pour fournir le peu d’énergie nécessaire à une vie équilibrée, saine et durable.