19 avril 2022

Figurations du pire et aphantasie politique

Synthèse du séminaire d'Alice Canabate, 12 mars 2022

Le propos de ce séminaire fait suite à la parution récente de L’Ecologie et la narration du pire. Récits et avenirs en tension (Utopia, 2021). A l’occasion de travaux avec les services de l’Etat, Alice Canabate a constaté une dissonance forte et créatrice de malaises pluriels : alors que les fonctionnaires s’interrogent de plus en plus sur la possibilité d’un « effondrement » parmi d’autres « récits » de l’écologie politique, ils éprouvent des difficultés pour se représenter les implications propres à ce type de questionnements. Ce séminaire se fera en trois temps, un premier sera dédié à cet engouement pour les récits, le second traitera de la « bataille des récits et des imaginaires » qui affecte évidemment l’écologie et le troisième s’intéressera à ce « pire impensé » qui relève d’une forme d’aphantasie politique.

Préambule

La question des récits contient une portée normative importante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle que la puissance publique s’y intéresse tant. Intituler ce livre L’Ecologie et la narration du pire permet d’une part de s’extraire du « récit de l’effondrement », alors qu’il n’est en réalité qu’un commentaire, souvent présenté comme uniforme et neuf. D’autre part, cet intitulé permet, et c’est peut-être le principal, de rappeler combien pré-scénariser les possibles – entendus comme plausibles – est fondamentalement l’ADN de l’écologie, « cette pensée des conséquences ». Autrement dit, ce que d’aucuns voient comme étant le fait d’un pessimisme, possiblement autoritaire, relève pour d’autres d’une simple responsabilité et d’une vigilance inquiète (Jean-Claude Besson-Girard). Le pire – s’il déplait et qu’il est incertain – n’en est pas moins possible.

Eléments de cadrage

L’écologie aujourd’hui, qu’elle soit conventionnelle (continuiste) ou non conventionnelle (contestataire), qu’elle soit vue comme autoritaire ou nécessaire, ne laisse plus tout à fait « indifférent ». Depuis une quarantaine d’années environ, des rapports scientifiques ne cessent de nous informer sur l’état de la planète, sur ce que l’on doit réduire et sur ce qu’il faut réorienter. Un relatif accord semble alors émerger quant à la nécessité d’une prise en compte de ces constats. En revanche, les chemins à emprunter pour parvenir à infléchir la trajectoire sur laquelle nous sommes semblent beaucoup plus complexes à définir : les récits quant à nos à-venirs sont en tension. Réorganiser les modes de vies et les modes d’être peut, en effet, emprunter différentes formes tant les imaginaires sociaux sont nombreux, allant de la croissance verte soutenue par des solutions technologiques aux initiatives décroissancistes visant des formes d’autosuffisance, de rationnement et de sobriété fortes. Les écarts de transformations socio-culturelles qui s’y rapportent sont élevés et porteurs, évidemment, de conflits de représentation.

Si ces divergences ont toujours existé sous différentes formes, la situation est d’autant plus critique aujourd’hui que de nombreux effets, qui étaient hier relativement silencieux, se font aujourd’hui bruyamment sentir. La plausibilité d’une saturation critique, conduisant les sociétés humaines vers de l’immaîtrisable, est de plus en plus forte. Nombreux sont donc les courants d’écologie politique à postuler la nécessité d’une « discontinuité » et à le poser comme élément constitutif de leur narration : écoféminisme, décroissance, zadisme, convivialisme, écologie sociale, néo-survivalisme, écologie relationnelle, etc. Si tous ont leur spécificité, ils convergent néanmoins sur l’impossibilité de perpétuer un modèle considéré comme dépassé, offensif, délétère, en somme à pourfendre. Certains conçoivent même comme plausible la survenue d’un effondrement de la société.

Dans l’espace public, ces théories font aujourd’hui l’objet d’une « démarginalisation[1] » (Luc Semal), à savoir une popularisation selon plusieurs vecteurs et à la faveur de différents phénomènes. Ces éléments ont participé à sédimenter un récit : le récit « effondriste ». Le phénomène ne s’arrête évidemment pas là car bon nombre d’enjeux qui s’y rapportent sont passés dans l’opinion publique. Par exemple, un sondage IFOP réalisé pour la Fondation Jean Jaurès en novembre 2019 révèle que 65 % des Français·es indiquent être d’accord avec l’affirmation selon laquelle « la civilisation telle que nous la connaissons actuellement va s’effondrer dans les années à venir », tandis que 35% estiment qu’il pourrait intervenir d’ici vingt ans. Cette théorie, et tout l’imaginaire qui s’y rapporte, s’est ainsi littéralement introduite dans la société, trouvant des relais de plus en plus nombreux dans les médias et sur les réseaux sociaux.

L’objectif de ce travail a alors été de revenir sur ce qui fonde ce récit, la « chose derrière le mot ». Il nous faut pour cela sortir de l’acceptation « médiatique » phagocytée par l’industrie culturelle incapable de nuance. Si leur « publicité » peut être dommageable, elle n’altère en rien le sens contenu dans les idées préalables. Pour ce faire, revenons à la factualité de ce récit qui croise indubitablement toute une série de données matérielles lui conférant sa force. Les observations scientifiques sont aujourd’hui alarmantes. C’est toute notre actualité que de s’inquiéter de savoir où notre époque va atterrir pour paraphraser Bruno Latour[2]. L’atterrissage est d’autant plus inquiétant à la lecture du dernier rapport du GIEC lorsqu’il dresse le paysage quasi apocalyptique qui gît devant nous. L’atterrissage, en somme, ressemble davantage à un crash…

Il m’a alors semblé salutaire de revenir par conséquent sur l’objet du dilemme : l’écologie et la question des limites. Il m’a aussi semblé pertinent d’insister sur les conséquences d’un « pire » trop souvent impensé. Cette difficulté à initier un réel changement de régime participe à creuser le fossé entre des conceptions institutionnelles, descendantes, qui ont souvent – pour reprendre les termes de Jacques Theys – une « guerre de retard », et des visions citoyennes de l’état du monde qui sont des visions souvent plus inquiètes voire carrément désespérées. Cela pose alors une série de questions : quoi reprendre ? Depuis quelles prémisses et avec quelles armes ? Quel est le coût de l’engagement aujourd’hui dans des sociétés hautement arrogantes, c’est-à-dire ignorantes des limites, et ignorantes du rapport même aux limites ?

1. L’engouement pour les récits

Comme l’écrivait Roland Barthes dans son Introduction à l’analyse structurale des récits : « Innombrables sont les récits du monde […] Sous des formes presque infinies, le récit est présent dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes les sociétés ; le récit commence avec l’histoire même de l’humanité[3] ». Notre besoin d’histoire, de figuration, d’identification est donc invariant ; se représenter par la pensée, l’imagination, ce qui risque, va ou peut advenir est tout autant une garantie d’équilibre intrapsychique qu’une sécurité et un besoin collectif. Pourtant, nous serions aujourd’hui – pour reprendre la belle expression de Jean-Luc Nancy – une « communauté désœuvrée[4] ». Dépourvus de récit commun, nous vivrions même la « fin des grands récits » comme une interruption du mythe. Nous observons ainsi une interruption du mythe et néanmoins une profusion des demandes de « narrations » – voilà notre paradoxe.

Et pourtant nous sommes inquiets. Aujourd’hui, de nombreux projets ont pour centralité l’idée d’exprimer des futurs souhaités. En réalité, stimuler les narrations semble même être devenu un nouveau credo afin, notamment, d’enrayer les « passions tristes » (Spinoza) comme la peur ou la colère, et de rendre, en somme, à nouveau l’à-venir « désirable » ou a minima figurable. Derrière cet engouement pour les récits, il est possible de déceler plusieurs niveaux d’explication. Avant d’y venir, il est important de préciser que cette dynamique est rendue aussi confuse et confondante du fait du traitement artificiel que l’industrie culturelle lui afflige. Le 24 janvier 2020 par exemple, dans le grand auditorium du Grand Palais, 300 personnes participaient à la « Bataille des imaginaires », un événement organisé autour de deux grands récits très binaires, espoir vs. catastrophisme, et cela en vue de les départager…

Un appel au récit généralisé

Cet appel au récit peut être qualifié de « généralisé » car les exemples sont légions et irriguent toutes les sphères, y compris celle de l’Etat. Le Conseil national de la transition écologique (CNTE) a en effet lui aussi travaillé à la construction d’un récit national. Ses travaux se sont inscrits dans le cadre d’une mission confiée fin 2019 par Elisabeth Borne, alors Ministre de la Transition. Conduits entre janvier et avril 2020 par un groupe de travail du CNTE et appuyé par les directions techniques du ministère, le projet, intitulé « France 2050 », visait à établir une vision de la France désirable, neutre en carbone et respectueuse du vivant à la moitié du siècle. Il en est sorti un document organisé en 21 thématiques et 155 « briques » pour donner à voir concrètement le quotidien des Français·es au milieu du siècle. Le projet semble avoir échoué bien que l’idée était ensuite de travailler avec des scénaristes afin de porter ces résultats par d’autres moyens.

Derrière le récit, la bataille culturelle

En premier lieu, l’appel au récit est sous-tendu par une représentation très profondément ancrée qui voudrait que « le récit préscénarise les comportements » : pour changer le psychisme collectif, il faut des imaginaires « empuissantants » (Damasio), c’est-à-dire des idées, des sensations et des perceptions qui activent l’envie de vivre autrement. De nombreuses personnalités se sont ainsi impliquées dans cette dynamique générale et ont fait des « récits » la clef de voute d’une solution d’identification permettant de reprendre possession de nos avenirs. A cet égard, nous pouvons évoquer l’importante tribune à l’initiative de Cyril Dion et appuyée par 200 personnalités « Résister et créer » visant à formuler de nouveaux récits du futur.

L’idée est donc inlassablement la même : inventer un futur dans lequel nous aurions envie de nous projeter. Le fondement de cette idée est le présupposé suivant : on ne peut pas construire une société différente si nous ne sommes pas capables, d’abord, de l’imaginer. Voilà d’où provient l’injonction aux nouveaux récits. Et pourtant, cela est-il bien vrai ?  Tout ceci se rapporte à l’idée que nous nous faisons de la puissance des récits, de ce qu’ils peuvent, de leur pouvoir d’influence et de conditionnement des comportements humains ; bref, ce qu’ils contiennent en puissance.

La magie des récits ?

Cette croyance dans la force des nouveaux récits provient d’abord de l’idée que les « grands récits » structurants auraient périclité. Face au triomphe du relativisme et à la fin de la tonalité « optimiste » qui avait caractérisé la modernité, formuler de nouveaux récits aujourd’hui consisterait ainsi peut-être à se redonner ce que les psychosociologues appellent des « garants méta-sociaux ». En effet, en réponse aux constats de notre époque et à la possibilité d’un effondrement systémique, il y aurait comme un ébranlement symbolique. La multiplication des mobilisations sociales et des injonctions à « trouver un nouveau récit » provient sans doute du double phénomène de désarroi et de volonté de reconquête de sens.

Cela renvoie également à l’idée du « récit national » qui suppose qu’écrire un récit collectif est le préalable pour faire communauté. A la fin du XIXe siècle, l’école primaire, devenue obligatoire sous la IIIe République, se donne pour mission de transformer les enfants de différentes régions aux langues et identités encore marquées (Bretons, Basques, Occitans, etc.) en citoyens français. L’enseignement de l’histoire sert alors à montrer la grandeur et l’unité de la France, ainsi qu’à stimuler le patriotisme. La construction de ce « récit national » s’appuie sur les manuels de l’historien positiviste Ernest Lavisse, utilisés très largement jusque dans les années 1950. Vingt ans plus tard, dans l’objectif de dénoncer les biais politiques ainsi que la part de fiction ou de réécriture des faits, le récit national devient – sous la plume des historiens – le « roman national ». Cette exigence de vérité a fait naître des gestes politiques de repentance et de réparation du passé autant qu’elle a laissé un vide : sur quoi poser dorénavant le sens commun ?

Il est donc question de mobilisation lorsque nous parlons de cette injonction aux récits. Mais mobiliser pour quoi ? En vertu de quoi ? A quelle fin ? Tout ceci devient évidemment, dans notre situation actuelle, un enjeu brulant de l’écologie politique. Quel récit et quelle représentation de l’avenir faire prévaloir pour soutenir, promouvoir, inciter, créer, suggérer des orientations collectives, des valeurs et des trajectoires jugées « bonnes » ? Tout l’enjeu des récits se situe justement dans leur confrontation, car derrière chacun d’entre eux se cache une vision du monde.

A ce sujet, il existe comme l’indique Yves Citton les scripts reconducteurs et les scripts reconfigurants : les premiers perpétuent la grammaire préexistante ; les seconds réagencent la syntaxe héritée pour faire accepter comme porteurs de sens des enchaînements qui ne l’étaient pas. Ce sont précisément les capacités de reconduction et/ou de reconfiguration qui constituent tout à la fois les dangers et les vertus des récits dans nos sociétés. Nous parlons d’une part de danger en ce qu’il y a toujours la possibilité d’une capture de la puissance collective par ce storytelling, et d’autre part de vertu puisque les récits sont aussi vecteurs d’infrapolitique, à l’instar du film « Demain » (2015) de Cyril Dion et Mélanie Laurent qui, avec son million d’entrées, a initié une parole et des vocations. Bref, agir sur cette « scénarisation » semble être devenu un enjeu premier.

2. Les écologies ou la bataille des récits

Prétendre donc, comme la tendance le souhaite, que le récit fonctionne comme un conducteur de conduites, enjoint à établir qu’agir sur cette scénarisation est un enjeu politique prioritaire. Formulée ainsi, nous comprenons mieux cette « obsession » contemporaine. Néanmoins, c’est ici aussi que se loge toute la conflictualité inhérente à ces entreprises de figuration des possibles. Il y a lato sensu « bataille des récits ». Cette bataille des récits affecte l’écologie aujourd’hui puisque pré-scénariser les possibles est fondamentalement dans son ADN ; et alerter sur le pire vers lequel toutes nos logiques d’action tendent est sans doute l’une de ses (tristes) noblesses…

Et pourtant, les figurations du pire, portées notamment par les théories de l’effondrement, sont venues en interne se poser comme un nouveau thème de dispute. Si l’écologie a toujours été le terrain de controverse, elle ouvre aujourd’hui ce nouveau front, brouillant encore davantage la cartographie de l’écologie intellectuelle française. Depuis la publication du Nouvel ordre écologique de Luc Ferry en 1992, assimilant l’ensemble du courant d’éthique environnementale et de la deep ecology à une pensée totalitaire, deux camps se sont opposés. D’un côté, le camp de ceux qui reprenaient largement à leur compte cette critique ; de l’autre, le camp de ceux qui ont immédiatement relevé la singulière médiocrité de l’information sur laquelle il s’appuyait. Au début des années 2000, la ligne de front se déplace et, comme l’explique Hicham-Stéphane Afeissa, c’est « le pessimisme excessif, d’inspiration apocalyptique, qui se trouve faire l’objet d’une dénonciation sans concessions. De nouveau, deux camps se sont dessinés : celui de ceux qui, pour des raisons parfois très différentes et sans forcément remettre en question les causes qui poussaient certains écologistes à adopter une vision pessimiste, se sont émus des effets (négatifs) de la rhétorique de l’effondrement […], et celui de ceux qui ont cherché à défendre au contraire les vertus d’un tel procédé hyperbolique […] ou qui ont participé à l’établissement d’un constat scientifique alarmiste et insisté sur l’importance d’agir rapidement[5] ». Désormais, un nouveau front est ouvert par l’aversion quasi épidermique que l’entrée d’analyse par l’effondrement a pu susciter parmi certains spécialistes qui pourtant défendent l’urgence écologique et connaissent la fragilité et la vulnérabilité de nos sociétés complexes.

Si pour certains, cette théorie est à proscrire par son pessimisme, pour d’autres, c’est ce « collapso-basching » (Bruno Villalba) qui est tout autant, si ce n’est plus, à interroger. Villalba reprend en effet dans son ouvrage Les Collapsologues et leurs ennemis (2020, Le Pommier) très rigoureusement les dix chefs d’accusation levés à l’encontre de la collapsologie à travers trois familles argumentaires : l’épistémologie (irrationnalité, illégitimité, minimisation), le spirituel (psychologisation, religiosité) et le politique (incapacitation, le caractère réactionnaire, dépolitisation, occidentalocentrisme, anthropocentrisme). A chaque fois, il dévoile les postures idéologiques et les procédés, en partie fallacieux, qui se cachent derrière. En tous cas, il montre qu’elles renvoient à une « paréidolie », ce phénomène consistant à identifier une forme familière dans un paysage, un nuage, de la fumée ou une tache d’encre ; une attitude qui consiste donc à ne distinguer de l’étrangeté que des formes connues, sans en prendre la bonne mesure, c’est-à-dire la singulière mesure. La paréidolie est donc un aveuglement de la facilité à utiliser des clefs de lecture familières plutôt que de forger de nouvelles grilles pour appréhender un nouveau phénomène. En cela, les critiques internes à l’écosystème écologique témoignent, selon lui, de la défense de positions conventionnelles, qu’il se risque même à qualifier de conservatrices, tant elles portent finalement une réticence à accepter de décentrer le propos et d’y inclure des thématiques marginalisées dans les conceptions politiques dominantes, à l’instar de la finitude.

Face à ce constat, il insiste sur un prérequis méthodologique qui devrait permettre d’apaiser en interne une partie du moins des diatribes qui lui sont affublées. Il renvoie en effet à la nécessité pour la pensée écologique d’adopter un « pessimisme méthodologique », très proche dans son inspiration des idées de Günther Anders en ce qu’elle cherche à réduire le décalage entre la situation écologique et la manière dont nous imaginons pouvoir la contrôler. Le pessimisme méthodologique conçoit la politique à partir d’irréversibilités déjà effectives, de sorte que la question qu’il faut poser désormais est de savoir comment « appréhender les conséquences des conséquences ». S’il peut évidemment y avoir erreur dans les prévisions, l’essentiel tient dans cette manière nouvelle de comprendre l’histoire à partir de l’idée que le pire, s’il n’est pas certain, est non seulement possible, mais probable, et qu’il convient en conséquence, non plus de différer le changement, mais d’inscrire la transition dans le temps présent.

3. Le pire impensable et impensé

L’écologie se trouve ainsi en proie à une bataille des imaginaires d’autant plus forte que l’urgence d’une opération de mise en ordre permettant de recréer du sens collectif se fait, dans l’opinion publique, de plus en plus pressante. En externe, cette vigilance inquiète et n’attire pas non plus le meilleur accueil. Sous prétexte de pessimisme, l’enjeu du réalisme est comme congédié. Un pire impensé qui révèle d’une certaine manière une forme d’aphantasie politique, une imagination en somme aveugle sur laquelle je voudrais à présent revenir.

L’aphantasie désigne à l’origine un phénomène neurologique décrit pour la première fois en 1880 mais resté longuement non étudié. Elle a fait l’objet d’un intérêt renouvelé depuis la publication en 2015 d’une étude dirigée par le Pr. Adam Zeman (Université d’Exeter) nommée Aphantasia. Du grec phantasia, le préfixe privatif a- signifie l’absence d’imagination. Force est de constater qu’il y a aujourd’hui une réelle difficulté à se figurer le pire ; cela pourrait revenir à une aphantasie politique qui, en certains points, confine à ce que Anders logeait dans la catégorie de supraliminaire. Par ce terme, il renvoie à l’idée d’une intensité qui dépasse le seuil maximum susceptible d’éveiller une sensation : « J’appelle, disait-il, supraliminaires les événements et les actions qui sont trop grands pour être encore conçus par l’homme », désignant alors, dans son texte Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse ? (Allia, 2011), le seuil au-delà duquel l’esprit humain est inapte à penser et à se représenter les effets induits et les actions générées par ses propres actions. Cette aphantasie trouve également sa justification dans une certaine culture « neutralisante » de tout questionnement : celle de l’arrogance.

(Auto)Privation de l’imagination

Les narratifs et scénarios environnementaux, combinant modèles et discours, font l’objet de nombreux travaux. Ces « scénarios » exploratoires ont aujourd’hui le vent en poupe car ils contribuent précisément à déterminer les politiques publiques. Or, plus qu’une bataille de récits, c’est une bataille d’orientations qui se joue, bataille dans laquelle les narratifs dominants écrasent les alternatifs. Les premiers, plus consensuels, réduisent le champ des mesures à réviser ou à instiguer tandis que le second travaille à accroître la panoplie des questions explorées.

De la « modernisation écologique » au « développement durable », Florence Rudolf a montré dans ses travaux qu’il s’agit là davantage d’une inflexion de la modernité que d’un réel changement de régime[6]. La transition écologique, quoique renvoyant explicitement, étymologiquement, à la perspective d’un changement sociétal sans précédent, semble également peiner à en emprunter la route. En cela, l’absence de visions susceptibles d’indiquer des directions auxquelles se fier dans la construction de politiques publiques n’est sans doute pas étrangère à cette indétermination

Dans les années 1990, lorsque l’enjeu écologique s’institutionnalise, les théories environnementales deviennent plus « continuistes » et consensuelles au point d’amoindrir les horizons les plus radicaux de l’approche écologiste[7]. La radicalité fera néanmoins son retour dans les années 2000 autour de la pensée de la décroissance. Finalement, les sémantiques « modernistes », en perte de crédibilité, ont laissé place à une autre figure se précisant, celle d’un effondrement brutal et sans précédent. Les politiques environnementales se sont alors trouvées acculées, enjointes non plus à penser la préservation de notre monde mais à se dresser comme rempart de sa destruction, comme l’indique fort bien Isabelle Stengers, en 2009 : « Orphelins des visions et images qui guidaient notre rapport au monde, nous assistons impuissants à la catastrophe qui vient ou, au mieux, nous nous préparons à y faire face[8] ».

Dans le brouillard, des modélisations perdues

La « Stratégie nationale bas carbone » est un exemple de l’émulation des scénarios sans pouvoir transformatif. Depuis la fin des années 1990, un choc culturel s’est produit, comme l’explique notamment Jacques Theys, « avec l’idée que pour pouvoir atteindre des objectifs de durabilité, il fallait des politiques plus fortes, plus structurelles […] ce qui a poussé à raisonner par objectifs chiffrés à long terme, par contrainte à ne pas dépasser ». Si l’on peut noter une « forme » de rupture avec la soutenabilité faible qui a longtemps marqué les politiques environnementales, le problème reste double : l’écart est d’une part toujours possible entre les politiques affichées et les politiques réelles ; les politiques par objectif s’inscrivent d’autre part aussi dans le nouveau management public et restent souvent virtuelles.

En effet, la modalité prospective des objectifs chiffrés et des contraintes limitantes intègre certes la nécessité d’une durabilité dite « forte » mais ne semble pas avoir attaché à ses objectifs la possibilité de l’échec. Elle postule qu’il y aura toujours une remédiation possible. L’occultation de scénarios dramatiques mais plausibles semblent finalement être, pour la puissance d’Etat, simultanément la traduction de freins économiques et culturels, mais aussi la marque d’une difficulté à intégrer les conséquences de politiques antérieures qui ont compromis la possibilité aujourd’hui d’agir et de penser en liberté, et pour lesquelles nous opposons encore beaucoup de résistance.

Autrement dit, en matière d’anticipation, pour paraphraser Clément Montfort, réalisateur, « on verra ça demain ! ». Le risque est devenu global, invisible et autoréférentiel comme Ulrich Beck le décrivait déjà en 1986. La multiplication des rapports et données chiffrées traduisent aujourd’hui la nécessité de se figurer l’état du monde afin d’actualiser une politique d’anticipation forte. Et pourtant, lorsqu’il s’agit de tirer les conséquences négatives établies par ces productions scientifiques, « la pensée court-circuite[9] ». La question de l’anticipation est donc aujourd’hui névralgique et pourtant, manifestement, minorée.

Le Covid19 a ici tristement illustré ces difficultés. Le surgissement d’une situation si peu contrôlable révèle combien les missions de service public peuvent se trouver affectées par un défaut d’anticipation ; elle révèle également la fragilité et la vulnérabilité de nos structures ainsi soumises à de tels efforts. L’ampleur du réexamen est immense. Cela dit, le potentiel fortement déstabilisant de la crise sanitaire a quand même eu pour effet d’accélérer certaines réflexions. Le 4 décembre 2019, une tribune signée par plus de 150 fonctionnaires, publiée dans Le Monde, l’indiquait nettement : « Répondre au défi climatique nécessite de former l’ensemble des agents publics ». Cette nécessité est d’autant plus forte que, selon des membres du collectif « Le lierre » composé de hauts fonctionnaires experts de l’action publique, « l’écologie ne fait toujours pas partie du logiciel de la haute administration[10] ».

Pour conclure

Le récit continuiste classique semble aujourd’hui constituer le nœud du problème. L’interroger suppose de rompre avec le caractère social néolibéral. Nos discours et nos processus de décisions politiques s’inscrivent « traditionnellement » dans le métarécit d’une histoire humaine qui ne prendra jamais fin. Le « développement[11] » en est à cet égard une illustration. Les récits et les avenirs sont en tension notamment parce que cette phase de réinterrogation est difficile et coûteuse.

Ce problème est lié notamment et centralement à cette culture de l’arrogance[12] propre au monde néolibéral. Il s’agit d’une conduite psychologique et une attitude très conforme à notre époque qui consiste à ignorer les limites, ignorer le rapport à la limite, ignorer l’idée même de limite. Cette culture de l’arrogance semble être à la source de notre déni de finitude et des motifs permettant sans cesse de nier l’immense vulnérabilité de nos sociétés, tout en nous privant d’imaginaires salutaires. André Gorz écrivait : « Il est des époques où, parce que l’ordre se disloque, ne laissant subsister que ses contraintes vidées de sens, le réalisme ne consiste plus à vouloir gérer ce qui existe mais à imaginer, anticiper, amorcer les transformations fondamentales dont la possibilité est inscrite dans les mutations en cours[13]. »

Notre difficulté résulte aussi de notre incapacité collective à « organiser le pessimisme » (locution souvent attribué à Walter Benjamin[14] au lieu de Pierre Naville[15]). Il s’agit d’un pessimisme-réaliste qui « permettra la recherche de moyens extrêmes pour échapper aux nullités et aux déconvenues d’une époque de compromis, comme le sont presque toutes les époques » disait Naville. Pour permettre cela, il faut rejeter, ajoutait-il, nettement ces deux apparences du pessimisme que sont la contemplation et le scepticisme.

Synthèse réalisée par Loïs Mallet.

Discussion

Yves : Bonjour à toutes et à tous. Félicitations à Alice qui a ouvert de nombreuses perspectives. Cela me rappelle la fameuse fresque de Lorenzetti à Sienne en 1338, sur le bon et le mauvais gouvernement. On ne sait pas très bien s’il faut aller vers le pire ou le meilleur. Patrick Boucheron a écrit un livre sur ce qui peut déterminer les pensées, et notamment les passions tristes comme la peur. Il y aurait les écologistes positifs comme Ségolène Royal et des écologistes négatifs comme nous. Je récuse cette dichotomie car la peur de l’avenir est liée à l’incertitude, et c’est précisément parce que les grands récits traditionnels se sont effondrés, que cette incertitude ouverte se déploie. Ces récits semblaient immuables : « les enfants auront une vie meilleure que la mienne car les institutions sont suffisamment stables ». Ils nous emmènent vers le progressisme et le méliorisme, du moins dans les sociétés occidentales développées. Toutefois, si la peur correspond à l’incertitude de l’avenir, Macron en fait usage dans le cas ukrainien lorsqu’il dit que l’heure est grave tandis qu’il est là pour nous protéger. Cette incertitude très forte est bien vraie à court-terme ; ma conviction collapsologue est que l’effondrement est certain, contrairement à ce que pense J.-P. Dupuy ou le GIEC, lui qui ne cesse par ailleurs d’aggraver ses constats. L’humanité y répond par un déni collectif, socio-politique, à la base de l’aphantasie politique, cette autre forme du supraliminaire. On s’aveugle, on ne veut pas et on ne peut pas penser à l’effondrement systémique mondiale. Ce n’est pas forcément hollywoodien mais c’est à l’échelle de quelques décennies. Le pire est le plus probable, bien plus que les EPR ou la croissance qui ne sont plus que des folies psychiatriques. D’une certaine manière Poutine est fou car le principe de réalité lui échappe. Or, si on est sûr de l’effondrement qui vient, on peut se préparer, l’anticiper, afin de minimiser les catastrophes de manière beaucoup plus radicale que ne peut le faire la transition. Lorsqu’on est certain, on sait ce qu’il faut faire.

Alexandre : Le problème semble être celui d’un biais de normalité : l’avenir doit ressembler au passé. En cela, on ne peut imaginer que l’avenir diverge car on ne voit que la continuité naturelle des choses.

Alain : Peut-être faudrait-il se poser la question de l’origine de la manière anthropocénique de penser le monde ? Ce progressisme a été détourné de sa fonction par le néolibéralisme. Nous n’y arrivons pas car nous n’avons plus les éléments imaginaires pour penser l’avenir. Dans un récent cours, les étudiant·es étaient incapables d’imaginer quoi que ce soit. Il y a le dieu croissance ainsi que le mythe et rituel PIB qui nous indiquent ce qu’il n’est pas possible de faire, sinon au risque de blasphémer. La dernière configuration de ce dieu est le pouvoir d’achat utilisé par l’idéologie actuelle pour nous empêcher de voir un autre avenir que celui qu’il nous impose.

Alice : Le temps passant, forte de ces expériences avec les pouvoirs publics, je suis de plus en plus convaincue qu’il ne s’agit pas strictement de déni, ce mécanisme qui ignore par protection, incapable de se représenter quoi que ce soit. Je pense plutôt, comme Jared Diamond, que le coupable est l’effet de ruine, cette attitude qui vise à ne pas abandonner une stratégie pour la simple raison que nous y avons investi beaucoup d’efforts. Si le diagnostic sur la situation est à peu près partagé, les réponses divergent en raison de cet effet de ruine nous empêchant d’abandonner notre mode de vie pour lequel nous avons beaucoup investi.

En 2015, Danilo Martuccelli écrit Les Sociétés et l’impossible : Les limites imaginaires de la réalité, ouvrage dans lequel est analysé le rapports des individus à la réalité et leur investissement dans celle-ci. Des faisceaux convergents témoignent du fait que nous pourrions entrer dans un régime écologique de réalité car nous le considérons limitant. La peur, par exemple, constitue un paramètre intrinsèque à ce que l’on considère comme réel. Si tout le monde connaît aujourd’hui la situation écologique, tout le monde éprouve cette inquiétude ambiante. De ce point de vue, la peur reste configurante, elle nous place dans un régime de réalité spécifique.

L’individu des sociétés occidentales est pétri par le capitalisme néolibéral, il a un caractère social au sens de l’école de Frankfort, un caractère perçu comme individuel, mais surdéterminé socialement pour s’intégrer à la société. Aujourd’hui, mes étudiant·es ne sont pas forcément arrogant·es entre elleux, et pourtant l’arrogance participe de leur caractère social, notamment lorsqu’iels perpétuent un rapport chiffré au monde, prétendant ainsi de manière déplacée saisir le monde par la comptabilité. Pour ces personnes, la peur peut transformer leur rapport au monde.

En réalité, je ne suis pas certaine de l’utilité de la réalité des récits et je suis inquiète, notamment que cela devienne, ou ne soit déjà, une injonction collective conditionnante. Je crains que cela soit antidémocratique et prenne la forme de la consigne.

Benoît : Je m’intéresse à ce qui émerge de Loos-en-Gohelle, notamment aux travaux de Jean-François Carron, le maire. Sur ce territoire, qu’est-ce qui a permis, après l’effondrement du charbon et de la métallurgie, de faire renaître une population autrement que le Rassemblement National ? Je m’interroge car le récit sur ce territoire ne vient pas d’en haut mais provient des récits du territoire et de l’estime que les gens ont d’eux-mêmes. Au moment de l’effondrement, les terrils n’étaient que déchets, aujourd’hui, ils sont inscrits au patrimoine mondial de l’humanité. Cet exemple suggère que le travail bien fait sur les récits peut permettre une changement de regard.  Qu’en penses-tu ?

Alice : Ce que tu décris porte sur le choix des mots. Selon moi, il y a quelque chose de névrotique dans l’injonction des récits. Un récit est une mise en ordre narrative qui nécessite une sélection pour faire émerger un sens. C’est un outil politique en soi. En effet, le cas que tu décris permet d’aider à la figuration et aide à se représenter une mise en mouvement. La figuration est cruciale en ce qu’elle permet des déplacements de valeur, notamment vers la sobriété. Plutôt que des récits, je préfère qu’émergent des valeurs. En cela, je préfère que la décroissance soit une proposition politique plutôt qu’un récit. Si l’on reprend l’exemple de Benoît : dans le cadre d’un territoire, on élabore un exercice où l’on se figure notre position, à l’instar du scénario Biorégion Île-de-France 2050. Un récit, lui, est porteur de beaucoup d’écueils.

Yves : Même nous, nous sommes victimes du capitalisme car nous partageons la réduction à l’économique opérée par le capitalisme et le marxisme. C’est un problème. Les déterminants de la vie ne sont pas là. L’URSS pendant 70 ans, et la Chine depuis 70 ans, sont des régimes capitalistes, certes très dirigistes, où tout n’est pas réduit à l’économique. Pourtant, ils sont champions du productivisme. Le capitalisme marche avec le marché et la puissance. La puissance est d’ailleurs le paramètre le plus pertinent alors que l’on remarque que l’énergie nette par habitant ne cesse de baisser depuis 50 ans. Aujourd’hui, nous souhaitons aller acheter du gaz naturel liquéfié ailleurs dans le monde. Aujourd’hui, nous voudrions que les pays « pauvres » se développent alors que le mode de vie des pays développés est insoutenable. Il faut une mythologie commune qui soit basée sur une réalité et pas nécessairement un récit. Le constat lucide devrait aboutir à des conséquences rationnelles partagées, comme le rationnement. Il faut regarder la réalité en face même si elle fait mal.

Loïs : Que faire face aux récits libéraux dominants ? Faut-il stratégiquement faire des contre-récits comme Cyril Dion ou Servigne d’une certaine manière ou faire contre les récits ? Dans cette deuxième optique que tu sembles partager, il faudrait donc fonder la politique sur des valeurs, de la morale, contre la neutralité moderne qui participe d’ailleurs à son d’arrogance. Il faut revaloriser la responsabilité en se tenant garant des conséquences des conséquences.

Alice : C’est mon souhait de revenir sur quelque chose qui n’est pas un récit. Je ne crois pas que l’effondrement soit un récit, c’est plus dense que cela. La pensée de l’effondrement doit rappeler depuis combien de temps elle dit la même chose. Cela fait longtemps que nous savons ce que nous faisons. L’emphase doit donc résider sur la continuité de la pensée de l’écologie politique : Dennis Meadows, René Dumont. Dans Les chemins du paradis, André Gorz écrivait déjà que l’anticipation et l’imagination sont cruciales. Cela n’est pas la même chose que les récits de l’écologie ! Il faut sortir de cette domination des récits. Un récit, c’est un mythe. S’il y a un discours négatif sur le rationnement, ce n’est pas un récit, c’est un champ de bataille discursif. Par ailleurs, il y a encore beaucoup de discours téléologiques sur le progrès. Cela fait partie de l’écologie politique que de s’y opposer, notamment sur le développement. S’il devait y avoir un récit, ce serait un autre mythe que celui du capitalisme indépassable, ce serait un récit de l’ouverture, de la modestie, de la modération, du questionnement. Plutôt qu’un récit, ce serait, en somme, davantage un métarécit.

Mathilde : Tu rappelles que les choses s’aggravent alors que l’intérêt pour les récit augmente partout. Il me semble que cela traduit une recherche de solutions indolores. S’adapter aux limites écologiques, c’est la sobriété et cela nécessite une forme de pauvreté. J’ai donc l’impression que l’on cherche dans les récits une pilule magique qui nous ferait aimer la sobriété.

Références

[1] Luc Semal, Face à l’effondrement. Militer à l’ombre des catastrophes, Puf, Paris, 2019.

[2] Bruno Latour, Où atterrir, comment s’orienter en politique ?, La Découverte, 2017.

[3] Roland Barthes, « Introduction à l’analyse structurale des récits », Communication, n°8, 1966, p. 1-27.

[4] Jean-Luc Nancy, La communauté désœuvrée, Edition Bourgeois, Paris, 1986.

[5] Stéphane Hicham Afeissa, « Collapso-basching : pourquoi tant de haine ? », 8 mars 2021, nonfiction.fr. https://www.nonfiction.fr/article-10701-collapso-bashing-pourquoi-tant-de-haine.htm

[6] Florence Rudolf, « La transition énergétique entre homéostasie du système et effondrement. Retour sur trois décennies de mobilisations discursives autour de l’écologie », Cahiers de recherches sociologiques, Pour une sociologie de la transition écologique, n° 58, hiver 2015.

[7] Pour plus de détails sur cette partie, voir le chapitre 4 de l’ouvrage de l’auteure.

[8] « La formule consacrée selon laquelle la transition énergétique correspond au passage d’un état à un autre, sans plus de précision, est riche de sens. Elle témoigne d’une impasse qui se resserre et se précise autour de la thématique de l’effondrement. Il ne s’agit même plus de préservation du monde mais de dresser un dernier rempart contre le chaos ». Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, Paris, La Découverte, 2009.

[9] U. Beck, 2008, La société du risque : sur la voie d’une autre modernité, Paris, Flammarion (première édition en langue allemande, 1986), p. 44.

[10] Nous reprenons ici le titre de la Tribune publiée dans Le Monde le 11 septembre 2020.

[11] G. Rist, Le développement, histoire d’une croyance occidentale, presses de Sciences-Po, Paris, 1996.

[12] E. Enriquez : L’arrogance, un mode de domination néolibérale, In Press Eds, Paris, 2015.

[13] A. Gorz, Les chemins du paradis, Edition Galilée, Paris, 1983, p. 13.

[14] W. Benjamin, Le Surréalisme. Le dernier instantané de l’intelligentsia européenne, dans Benjamin, Œuvres II, Gallimard, 2000, p. 132.

[15] Le texte où se trouve cette citation est : Mieux et moins bien, paru dans la revue La Révolution Surréaliste, Nos. 9-10 d’octobre 1927.