11 octobre 2020

Les affects de l’Anthropocène. Du travail de la peur aux micropolitiques du souci

Séminaire du 17 octobre 2020 par Léna Silberzahn

L’entrée dans l’ère de l’Anthropocène met un coup d’arrêt au récit étincelant de la modernité, qui postulait une relation linéaire entre le temps et l’amélioration du monde. Au vu de la multiplication des crises, notamment écologiques, la question se pose de savoir comment faire de la politique à « l’ombre des catastrophes » sans glisser vers une posture autoritaire. Effectivement, l’opposition entre « passions tristes » et liberté est un lieu commun pour nombre de théoricien‧nes du politique, tout comme la relation étroite entretenue entre ces affects et les dérives autoritaires et/ou réactionnaires. Ma thèse étudie et conceptualise la manière dont les affects liés aux catastrophes écologiques, surtout ceux que l’on dit “négatifs” sont socialement façonnés, instrumentalisés et/ou transformés, et influencent les manières d’agir en politique. Dans ce cadre, je m’intéresse à l’instrumentalisation des angoisses, mais j’explore surtout les alternatives : quels seraient les contours d’une politique des affects qui serait, non pas manipulatrice et excluante, mais mobilisatrice et émancipatrice  ?

Si la théorie politique étudie depuis longtemps la question des affects en politique, ses concepts semblent inadaptés pour décrire et expliquer la peur, la colère, ou encore le chagrin lié à l’état actuel du monde. Avec l’aide de travaux féministes, de théories critiques et d’exemples issus de mobilisations présentes et passées, je cherche à comprendre comment les affects douloureux liés à la dévastation écologique en cours peuvent donner lieu à un engagement politique émancipateur. Plutôt que de réduire l’enjeu climatique à une question de psychologie individuelle, ce travail s’inscrit dans l’effort contemporain de compréhension du rôle des procédures extra-argumentatives dans les processus de mobilisation et d’action collective. L’enjeu pour ces mobilisations est d’agréger et d’agencer différemment les affects afin de révéler leur puissance critique et politique.

Léna Silberzahn est doctorante en théorie politique à Sciences Po. À la croisée entre les humanités environnementales, les affect studies et les études de genre, son travail de thèse porte sur les agencements affectifs engendrés par les mutations écologiques. Titulaire d’une licence de droit et d’un master de recherche en théorie politique, Léna enseigne à Sciences Po et à l’Université de Nanterre.

Ce séminaire n’accueillera pas de participants en raison du contexte sanitaire.

Pour le suivre par zoom, veuillez vous inscrire avant le jeudi 15 octobre à minuit par ce lien :

https://framaforms.org/inscription-a-lassemblee-generale-et-au-seminaire-de-linstitut-momentum-le-samedi-17-octobre-2020