Tag Archives: décroissance

Les résultats décevants de l’écologie politique en 2022 confirment que la question des limites à la croissance reste un impensé politique

Le politiste Luc Semal analyse dans une tribune au « Monde » la « situation inextricable » à laquelle ont mené cinquante ans de déni politique depuis la publication du rapport Meadows, en 1972. Nous reproduisons ici ce texte qui nous aide à voir plus clair dans le brouillard de la déception.

Cinquante ans après la publication du rapport Meadows sur les limites à la croissance, les résultats du premier tour de l’élection présidentielle peuvent donner une pénible impression de surplace. Impression fausse, car en réalité la situation a bien empiré depuis. Continue reading »

La décroissance ou la guerre

Directement affecté par la guerre en Ukraine, Vincent Liegey écrit ce texte avec la colère et la douleur de celles et ceux qui portent secours aux réfugié·es à Budapest. Etant donné sa force, il nous a semblé approprié de le republier, après le projet-décroissance et avec l’accord de l’auteur.

Ces derniers jours, c’est la surenchère : il faut se serrer la ceinture et apprendre à se passer du gaz et du pétrole russe afin d’arrêter de financer la guerre. Ce qui était violemment rejeté devient la norme… Alors oui, contre la récession, ouvrons le débat de la décroissance, seule issue conséquente et cohérente, juste et souhaitable face à la tragédie en cours.

Continue reading »

Le problème est la solution ; mais les solutions peuvent dégénérer en (bons vieux) problèmes

Lorsque Bill Mollison commença à promouvoir la permaculture auprès des gens qui faisaient du maraîchage, il disait souvent, sur un ton malicieux, “vous n’avez pas trop de limaces… mais trop peu de canards”. La tendance de Mollison à renverser le point de vue sur un problème connu, et à voir comment il pourrait constituer une ressource insoupçonnée, relève de la pensée écologique : identifier des niches inoccupées qui pourraient être remplies pour rendre un (éco)système, horticole ou autre, plus résilient et plus productif. Continue reading »

Faire campagne pour le décroissance : retours critiques d’expérience

L’Institut Momentum a exprimé son intérêt pour analyser le cas pratique d’une campagne politique fondée sur la décroissance. Il sera donc question des raisons qui justifient, pour Delphine Batho, sa décision de faire campagne sur ce thème. Nous rappellerons ensuite les résultats, avant d’évoquer les limites de cette campagne et des perspectives qu’il nous faut parcourir pour faire gagner la décroissance aux prochaines élections. Une première, la présentation de Delphine Batho a été enregistrée et est disponible dans l’article. 

Continue reading »

Les biorégions : Visions réparatrices

Dans le contexte actuel de questionnement sur la vulnérabilité et la finitude de nos sociétés, la notion de biorégion, forgée dans les années 1970, revient sur le devant de la scène. Elle s’ancre dans la critique de la ville géante, qui dévore son environnement.

Les biorégions sont-elles des éléments de réparation du monde dans un contexte de métropolisation et de grande accélération ? Pour y répondre, nous partirons de l’idée d’overshoot qui semble être le ferment de notre condition anthropologique. C’est parce que nous sommes en état de dépassement que nous aboutissons à une séparation des espaces urbains et ruraux, une disjonction que l’on retrouve à travers l’étalement urbain et le gigantisme métropolitain. Continue reading »

Vivre en Anthropocène : présentation critique d’un projet de Manifeste de l’Institut Momentum

Je ne suis pas en mesure de vous présenter un projet abouti de nouveau Manifeste de Momentum, au vu des dissensus qui ont émergé au sein du Conseil d’administration, après l’examen d’un premier texte il y a un mois. Je vous propose simplement d’explorer les principaux points de convergence et de divergence entre nous. Qu’est-ce qui nous rassemble ? Qu’est-ce donc qui nous désassemble ? seront les deux parties de mon exposé.

Continue reading »

Décroissance énergétique, décarbonation et nucléaire : Une enquête sur les dilemmes du monde associatif dans le contexte anthropocénique

Travailler sur le positionnement associatif, c’est d’abord s’intéresser à des temporalités. En effet, en tant qu’éclaireuses, les ONG environnementales (ONGE) proposent publiquement des voies politiques et les défendent auprès des pouvoirs institués. Par définition, l’ONGE travaille à définir des trajectoires politiques qui seront, à défaut d’être adoptées, du moins considérées par la société. Elles travaillent donc avec un temps d’avance ; dans le champ des politiques publiques, elles s’inscrivent dans le futur, dans le devenir et dans le pas-encore. De ce point de vue, réfléchir à la décroissance énergétique depuis les ONGE revient à faire un saut dans des futurs possibles ou, a minima, à étudier des éléments structurants de l’avenir. Par « décroissance énergétique », il faut entendre à la fois la réduction quantitative de l’énergie consommée et l’opposition emblématique au mythe de la croissance économique – c’est d’ailleurs précisément l’énergie qui fait tourner le moteur de l’activité économique thermo-industrielle. Continue reading »

Le rationnement, un impensé politique

Cet article introduit et synthétise une étude sur les politiques de décroissance énergétique du point de vue des ONG environnementales réalisée entre février et août 2020. Hébergé au sein de l’Institut Momentum sous la direction de Mathilde Szuba (IEP Lille), ce travail s’inscrit dans le cadre d’un mémoire de recherche (19/20) pour le double master Sciences et Politiques de l’Environnement (Sorbonne – Marie Curie et IEP Paris). Continue reading »

Relocaliser pour renforcer l’autonomie alimentaire des villes et limiter le réchauffement climatique

La crise du coronavirus montre la fragilité des villes dans leur approvisionnement alimentaire. A cause de cela, certains produits de première nécessité manquent dans certains magasins d’occident, un peu comme autrefois dans les magasins de l’Union soviétique ! Or, développer des villes plus résilientes au plan alimentaire, économique et écologique suppose de repenser l’urbanisme et l’aménagement du territoire dans une perspective de relocalisation. C’est pourquoi,  les petites villes ou les gros villages sont l’avenir de l’urbanisation future. Créer de petites villes renforce aussi la démocratie. Diminuer les distances d’approvisionnement des communes permet à la fois plus d’autonomie et moins de déplacements, donc de limiter le réchauffement climatique. Les surfaces cultivables diminuent avec l’urbanisation croissante. L’efficience consiste à cultiver la majorité des terres agricoles à la périphérie de la ville et à placer de petites zones boisées en ville. Ralentir les villes s’avère aussi une des dimensions des politiques de relocalisation.

Continue reading »

La pandémie de covid-19 : une histoire de cloches, de marteaux et de clous

En partant d’une technique de modélisation destinée à prévoir la production de pétrole, cet article agence des scénarios possibles de l’évolution de l’épidémie en France. Après la première vague qu’il convient d’arrêter, la question des résurgences est traitée. Un propos politique est ensuite porté concernant le manque d’anticipation des pouvoirs publics et les choix délétères effectués. Enfin des mesures sont proposées dans l’objectif premier de nous sortir d’une torpeur d’impuissance conférée par le confinement.

Continue reading »

L’Anthropocène et ses lectures politiques

Bien plus qu’une crise environnementale (dont le marché, la croissance verte ou la technologie nous sauverait), l’Anthropocène signale une bifurcation de la trajectoire géologique de la Terre causé non pas par l’ « Homme » en général, mais par le modèle de développement qui s’est affirmé puis globalisé avec le capitalisme industriel.

L’Anthropocène, c’est – pour des siècles peut-être – notre époque, notre condition, notre problème. C’est le signe de notre puissance « géologique », mais aussi de notre impuissance politique. L’Anthropocène, c’est une Terre dont l’atmosphère est altérée par les 1400 milliards de tonnes de CO2 que nous y avons déversées. C’est un tissu vivant appauvri et artificialisé. C’est un monde plus chaud et plus lourd de risques et de catastrophes, avec un couvert glaciaire réduit, des mers plus acides et plus hautes, des climats déréglés… avec son flot de souffrances humaines, de dérèglements et violences géopolitiques possibles. Habiter de façon plus sobre, moins barbare, plus équitable et solidaire la Terre est notre enjeu.

Lire l’intégralité de l’article.

Décroissance de l’argent, monnaies de la décroissance

Par quel paradoxe ou provocation les décroissants défendent-ils les projets de monnaie locale complémentaire (MLC) comme l’une des alternatives concrètes les plus prometteuses pour une transformation sociale, écologique et démocratique ? Car le monde dont ils veulent sortir n’est-il pas le monde de la « banalisation de l’argent » ?

Continue reading »

Politiques de la catastrophe

Depuis les années 1990, de nombreux travaux de science politique ont étudié la trajectoire d’institutionnalisation des mouvements écologistes, via notamment l’évolution des partis verts ou des ONG environnementales. Par institutionnalisation, on entend généralement quelques critères précis, tels que la hausse des moyens humains et financiers, la professionnalisation et la hiérarchisation des organisations, l’intégration dans les processus décisionnels, l’évolution du répertoire d’action vers davantage de recours à l’expertise et au lobbying, etc. Ce récit de l’institutionnalisation s’accompagne souvent d’une analyse soulignant l’intégration certes lente, mais en bonne voie, des questions écologiques par les sociétés modernes. Continue reading »